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Charles Perrault - Contes

respect, l'ordre qu'il avait reçu de la reine mère.

- Faites votre devoir, lui dit-elle en lui tendant le col ; exécutez l'ordre qu'on vous a donné ; j'irai revoir
mes enfants, mes pauvres enfants, que j'ai tant aimés ! car elle les croyait morts, depuis qu'on les avait

enlevés sans lui rien dire.

- Non, non, madame, lui répondit le pauvre maître d'hôtel, tout attendri, vous ne mourrez point et vous ne
laisserez pas d'aller revoir vos chers enfants ; mais ce sera chez moi, où je les ai cachés, et je tromperai

encore la reine, en lui faisant manger une biche en votre place.

Il la mena aussitôt à sa chambre, où la laissant embrasser ses enfants et pleurer avec eux, il alla
accommoder une biche, que la reine mangea à son souper, avec le même appétit que si c'eût été la reine :

elle était bien contente de sa cruauté, et elle se préparait à dire au roi, a son retour, que les loups enragés

avaient mangé la reine sa femme et ses deux enfants.

Un soir qu'elle rôdait, à son ordinaire, dans les cours et basses-cours du château, pour y halener quelque
viande fraîche, elle entendit, dans une salle basse, le petit Jour, qui pleurait, parce que la reine sa mère le

voulait faire fouetter, à cause qu'il avait été méchant ; et elle entendit aussi la petite Aurore, qui

demandait pardon pour son frère !

L'ogresse reconnut la voix de la reine et de ses enfants, et, furieuse d'avoir été trompée, elle commanda,
dès le lendemain matin, avec une voix épouvantable qui faisait trembler tout le monde, qu'on apportât au

milieu de la cour une grande cuve, qu'elle fit remplir de crapauds, de vipères, de couleuvres et de

serpents, pour y faire jeter la reine et ses enfants, le maître d'hôtel, sa femme et sa servante : elle avait

donné ordre de les amener les mains liées derrière le dos.

Ils étaient là, et les bourreaux se préparaient à les jeter dans la cuve, lorsque le roi, qu'on n'attendait pas si
tôt, entra dans la cour à cheval, il était venu en poste, et demanda, tout étonné, ce que voulait dire cet

horrible spectacle.

Personne n'osait l'en instruire, quand l'ogresse enragée de voir ce qu'elle voyait, se jeta elle-même la tête
la première dans la cuve, et fut dévorée en un instant par les vilaines bêtes qu'elle y avait fait mettre. Le

roi ne laissa pas d'en être fâché : elle était sa mère ; mais il s'en consola bientôt avec sa belle femme et

ses enfants.

CENDRILLON OU LA PETITE PANTOUFLE DE VAIR

Il était une fois un gentilhomme qui épousa, en secondes noces, une femme, la plus hautaine et la plus
fière qu'on eût jamais vue.

Elle avait deux filles de son humeur, et qui lui ressemblaient en toutes choses. Le mari avait, de son côté,
une jeune fille, mais d'une douceur et d'une bonté sans exemple : elle tenait cela de sa mère, qui était la

meilleure personne du monde.

Les noces ne furent pas plus tôt faites que la belle-mère fit éclater sa mauvaise humeur : elle ne put
souffrir les bonnes qualités de cette jeune enfant, qui rendaient ses filles encore plus haïssables.

Elle la chargea des plus viles occupations de la maison : c'était elle qui nettoyait la vaisselle et les
montées, qui frottait la chambre de madame et celles de mesdemoiselles ses filles ; elle couchait tout au

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