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Charles Perrault - Contes

Alors, comme la fin de l'enchantement était venue, la princesse s'éveilla, et, le regardant avec des yeux
plus tendres qu'une première vue semblait le permettre :

- Est-ce vous mon prince ? Lui dit-elle ; vous vous êtes bien fait attendre.

Le prince, charmé de ces paroles, et plus encore de la manière dont elles étaient dites, ne savait comment
lui témoigner sa joie et sa reconnaissance : il l'assura qu'il l'aimait plus que lui-même.

Ses discours furent mal rangés ; ils en plurent davantage : peu d'éloquence, beaucoup d'amour.

Il était plus embarrassé qu'elle, et l'on ne doit pas s'en étonner : elle avait eu le temps de songer à ce
qu'elle aurait à lui dire ; car il y a apparence (l'histoire n'en dit pourtant rien) que la bonne fée, pendant un

si long sommeil, lui avait procuré le plaisir des songes agréables.

Enfin, il y avait quatre heures qu'ils se parlaient, et ils ne s'étaient pas encore dit la moitié des choses
qu'ils avaient à se dire.

Cependant tout le palais s'était réveillé avec la princesse : chacun songeait à faire sa charge ; et, comme
ils n'étaient pas tous amoureux, ils mouraient de faim.

La dame d'honneur, pressée comme les autres, s'impatienta, et dit tout haut à la princesse que la viande
était servie.

Le prince aida la princesse à se lever : elle était tout habillée, et fort magnifiquement ; mais il se garda
bien de lui dire qu'elle était habillée comme sa mère-grand, et qu'elle avait un collet monté ; elle n'en était

pas moins belle.

Ils passèrent dans un salon de miroirs, et y soupèrent, servis par les officiers de la princesse.

Les violons et les hautbois jouèrent de vieilles pièces, mais excellentes, quoiqu'il y eût près de cent ans
qu'on ne les jouât plus ; et, après souper, sans perdre de temps, le grand aumônier les maria dans la

chapelle du château, et la dame d'honneur leur tira le rideau.

Ils dormirent peu : la princesse n'en avait pas grand besoin, et le prince la quitta, dès le matin, pour
retourner à la ville, où son père devait être en peine de lui.

Le prince lui dit qu'en chassant il s'était perdu dans la forêt, et qu'il avait couché dans la hutte d'un
charbonnier, qui lui avait fait manger du pain noir et du fromage.

Le roi, son père, qui était bonhomme le crut ; mais sa mère n'en fut pas bien persuadée, et voyant qu'il
allait presque tous les jours à la chasse, et qu'il avait toujours une raison en main pour s'excuser quand il

avait couché deux ou trois nuits dehors, elle ne douta plus qu'il n'eût quelque amourette ; car il vécut avec

la princesse plus de deux ans entiers, et en eut deux enfants, dont le premier, qui fut une fille, fut

nommée

Aurore, et le second, un fils, qu'on nomma Jour : parce qu'il paraissait encore plus beau que sa soeur.

La reine dit plusieurs fois à son fils, pour le faire expliquer, qu'il fallait se contenter dans la vie ; mais il
n'osa jamais se fier à elle de son secret : il la craignait, quoiqu'il l'aimât, car elle était de race ogresse, et

le roi ne l'avait épousée qu'à cause de ses grands biens. On disait même tout bas à la cour qu'elle avait les

inclinations des ogres, et qu'en voyant passer de petits enfants, elle avait toutes les peines du monde à se

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