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Charles de Rémusat - Abélard, I

enim mecum animus meus, sed tecum erat; sed et nunc maxime, si tecum non est, nusquam est. (Ep. u, p.
47.)]

Elle conclut en le priant par grâce de lui écrire, elle a besoin d'une lettre qui lui rende quelque force, afin
de vaquer plus librement aux devoirs du service divin. Autrefois, pour l'entraîner à des voluptés

temporelles, il la poursuivait de ses lettres; il mettait, par ses vers, le nom de son Héloïse dans la bouche

de tous. «Toutes les places publiques, toutes les maisons le répétaient. Combien tu ferais mieux de

m'appeler maintenant à Dieu, comme alors à la passion[179]!» Et elle finit ainsi cette étrange et

incomparable lettre.

[Note 179: Ab. Op., ep. II, p. 48.]

Abélard répond comme un frère spirituel à sa bien-aimée soeur en Jésus-Christ[180]. Il s'excuse
d'un long silence par la confiance absolue qu'il a dans sa sagesse, sa piété, sa science. Il n'a pas cru

qu'elle eût besoin d'être exhortée ou consolée, elle à qui Dieu a départi tous les dons de sa grâce. Ce qui

eût été superflu, quand elle n'était que prieure d'Argenteuil, l'est plus encore maintenant qu'elle est

abbesse du Paraclet. Cependant en promettant de lui adresser des instructions, quand il connaîtra mieux

ce qu'elle désire, il s'empresse du moins de lui envoyer un psautier. Puis passant à la situation funeste où

lui-même il se trouve, il la supplie, elle et les saintes filles, de prier pour lui. Ses maux et ses périls ne lui

ont jamais rendu plus nécessaire cette pieuse intercession. Et il ne manque pas d'établir avec exemples et

citations l'efficacité des prières. Mais ce sont surtout les siennes, celles d'une femme dont la sainteté est,

il n'en doute pas, si puissante auprès de Dieu, qu'il réclame avec instance. Cela est juste; car il lui

appartient, et il lui rappelle ce que disent les Proverbes et l'Ecclésiaste de ce que la femme est pour son

mari. L'apôtre dit que le mari infidèle est sanctifié par la femme fidèle; et, en France, qui a sauvé

Clovis? ce ne sont pas les prédications des saints, ce sont les prières de Clotilde[181].

[Note 180: «Dilectissime sorori suae in Christo frater ejus in ipso.» (Id., ep. III, p. 49.)]

[Note 181: 1 Cor. VII, 14; Ab. Op., ep. III, p. 52.]

Au Paraclet, l'usage était, elle le sait, que lorsqu'il était présent, la communauté, en terminant les heures
canoniales, dît une oraison à l'intention de son fondateur, et qu'après avoir chanté le verset et le répons du

jour, on ajoutât les prières et la collecte suivante:

«RÉPONS. Ne m'abandonnez pas et ne vous éloignez pas de moi, Seigneur.

«VERSET. Soyez toujours attentif à me secourir, Seigneur.

«PRIÈRE. Sauvez, mon Dieu, votre serviteur qui espère en vous. Seigneur, entendez ma prière et que
mes cris aillent jusqu'à vous[182].

[Note 182: Toutes ces prières sont tirées des psaumes XXXVII, LXXXV et CI.]

«ORAISON. Dieu qui avez daigné réunir en votre nom, par la main de votre serviteur, vos petites
servantes, nous vous supplions de lui accorder ainsi qu'à nous le don de persévérer dans votre volonté.

Par notre Seigneur, etc.»

A ces prières, Abélard demande qu'on en substitue de nouvelles, dont il envoie le texte, et qui,
composées dans la même forme, sont plus instantes, plus précises, et se rapportent mieux à sa violente

situation[183]. Il termine par un voeu qui devait être accompli. Si ses ennemis réussissent et lui ôtent la

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