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Charles de Rémusat - Abélard, I

pour le faire reconnaître; réuni par ordre du roi, le concile d'Étampes, à la voix de saint Bernard, le
proclama le vrai pape; Pierre le Vénérable, abbé de Cluni, annonça qu'il le recevrait en grande pompe

dans le monastère même où Anaclet avait été religieux; et le roi vint au-devant de lui. Ainsi appuyé par la

puissance temporelle et par les deux hommes les plus considérables de l'Église gallicane, il traversa

solennellement la Gaule, visitant les monastères, dédiant les églises, consacrant les autels, confirmant les

donations pieuses, présidant les conciles ou assemblées synodales qu'il rencontrait sur son chemin, et

distribuant des bénédictions, des reliques et des indulgences. «Ce qui fut,» dit Orderic Vital, «une

immense charge pour toutes les églises des Gaules; car il ne touchait rien des revenus du siége

apostolique[160].»

[Note 160: «Immensam gravedinem ecclesiis Galliarum ingessit.» ( Ord. Vit. Hist. eccles., l.
XIII. Rec. des Hist., t. XII, p. 750.)]

Il s'arrêta quelque temps à Chartres où l'avait reçu l'évêque Geoffroi dont la réputation était si grande, et
qui y gagna bientôt le titre de légat. Là s'étaient réunis pour l'honorer plusieurs personnages importants

dans le clergé; là, Henri I, roi d'Angleterre, qui se trouvait en Normandie, était venu, amené par saint

Bernard, le reconnaître et lui rendre hommage. De Chartres, Innocent II se proposait de partir pour Liège,

où il comptait voir l'empereur Lothaire et s'assurer de son adhésion. Il se dirigea donc sur Étampes et

voulut séjourner à Morigni, monastère de l'ordre de Saint-Benoît, fondé près de cette ville sur les bords

de la Juine, vers la fin du XIe siècle, par Anseau, fils d'Arembert, et protégé par le roi et par son père

Philippe I. Il demeura deux jours dans cette maison, et à la prière de l'abbé, il daigna consacrer le

maître-autel de son église, sous l'invocation de saint Laurent et de tous les martyrs, le 20 janvier

1131[161]. Cette cérémonie fut remarquable par le rang et le nom de ceux qui y assistaient; c'était

d'abord le pape, entouré de son sacré collège, c'est-à-dire de onze cardinaux au moins, parmi lesquels on

distinguait les évêques de Palestrine et d'Albano, et Haimeric, chancelier de la cour de Rome,

cardinal-diacre de Sainte-Marie-Nouvelle. Le métropolitain du lieu, Henri dit le Sanglier, archevêque de

Sens, remplissait auprès du pape l'office de chapelain, et ce fut l'évêque de Chartres qui prononça le

sermon. Les moines qui ont soigneusement écrit la chronique du monastère de Morigni n'ont pas manqué

de célébrer ce jour mémorable, et de nommer les abbés dont la présence en relevait encore la splendeur;

c'étaient Thomas Tressent, abbé de Morigni, Adinulfe, abbé de Feversham, Serlon, abbé de Saint-Lucien

de Beauvais, l'abbé Girard, homme lettré et religieux ; c'étaient surtout «Bernard, abbé de

Clairvaux, qui était alors le prédicateur de la parole divine le plus fameux de la Gaule, et Pierre Abélard,

abbé de Saint-Gildas, lui aussi homme religieux, et le plus éminent recteur des écoles où affluaient les

hommes lettrés de presque toute la latinité[162].»

[Note 161: La date est donnée par la chronique du monastère de Morigni: «Anno incarnati Verbi
MCXXX, XIII kal. februarii.» (Ex Chron. mauriniac, Rec. des Hist., t. XII, p. 80.)]

[Note 162: Ex Chron. maur., ibid. - Voyez aussi dans le même volume, p. 59 et 60; Suger, De
vit. Ludov. Gross.
; le t. XII de la Gall. Christ., p. 45; l'Histoire de saint Bernard, par
Neander, l. II; et l'Histoire littéraire de la France, t. XII, p. 218-220.]

Abélard vit donc à cette époque le chef de la chrétienté; il forma des relations directes avec des membres
du sacré collége; il figura, avec saint Bernard, parmi les plus illustres représentants de l'Église gallicane.

Sans doute l'intérêt de son établissement du Paraclet n'était pas étranger à son voyage. Il venait solliciter

pour cette institution naissante l'autorisation et la bénédiction du successeur de saint Pierre; et, en effet, la

même année, le 28 novembre, nous voyons que, pendant le séjour qu'à son retour de Liége Innocent II fit

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