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Charles de Rémusat - Abélard, I
[Note 124: Le concile a été blâmé par des autorités non suspectes, comme l'historien d'Argentré, Dubouloi, Crevier, le P. Richard et d'autres; nous n'ajouterons pas D. Gervaise, devenu suspect à force d'engouement pour Abélard. Les écrivains qui s'attachent à justifier le concile de Sens semblent passer condamnation sur celui de Soissons. Au reste, les actes de l'un comme de l'autre n'ont pas été conservés, et l'assemblée de 1121 ne nous est guère connue que par le récit d'Abélard, un passage d'Othon de Frisingen et quelques mots de saint Bernard et d'un de ses secrétaires. (Act. concil., t. VI, para II, p. 1103. - Phil. Labbaei Concil. hist. synops. - Anal. des conc., par le P. Richard, t. V, suppl. - 10th. Fris. De Gest. Frid. l. I, c. XLVII. - Saint Bern. Op., ep. CCCXXXI. - Gaufred. mon. Clar., Rec. des Hist., t. XIV, p. 381. - Cf. Brucker, Hist. crit. phil., t. III, p. 149.)]
[Note 125: «Abailard est orthodoxe,» dit Mme Guizot, «il ne veut pas cesser de l'être; une conviction préalable détermine le but auquel il veut arriver, et l'examen n'est pour lui qu'une manière de s'exercer dans un cercle dont il est déterminé à ne pas sortir, travail nécessaire d'un esprit qui marche sans avancer et enfante des nouveautés qui ne sont pas des progrès. Abailard, en religion comme en philosophie, a donné le mouvement et non les résultats. Plusieurs fois accusé d'hérésie, il n'a point laissé de secte, et même en philosophie, la hardiesse des principes qu'il énonce quelquefois est demeurée sans conséquence, parce que lui-même n'a pas osé les avouer ou les reconnaître. Cependant il en avait assez fait et pour ses partisans et pour ses ennemis.» (Essai sur la vie et les écrits d'Abailard et d'Héloïse, p. 372.)]
Il ne faut donc pas s'étonner si Abélard, plus désolé que convaincu, retrouva bientôt dans le couvent qui lui servait comme de prison cette impatience du joug et ce besoin de résistance polémique qui entraînait son esprit plus loin que son caractère n'osait aller. Bien qu'il se loue de l'accueil qu'il reçut à Saint-Médard, il dut y rencontrer, non sans quelque importunité, ce même Gosvin, que nous, avons vu sur la montagne Sainte-Geneviève lui chercher une querelle scolastique. Celui-ci était venu là, d'accord, dit-on, avec l'abbé Geoffroi, pour travailler, en qualité de prieur, à la réforme des abus et au rétablissement des études.[126] Déjà sous les murs de Soissons même, il avait été employé à une oeuvre semblable dans le monastère de Saint-Crépin; c'est pour cela qu'il était sorti d'Anchin où il avait fait profession. Quoiqu'il pensât peut-être, ainsi que son biographe dévoué, qu'Abélard n'avait été conduit à Saint-Médard que pour y être lié comme un rhinocéros indompté, il jugea convenable de le traiter, à l'exemple de l'abbé, dans un esprit de douceur[127]. Cependant, de l'humeur que nous lui connaissons, il ne s'abstint pas, dans ses entretiens, de mêler ses consolations de conseils et ses conseils de leçons. Il lui prêcha la patience et la modestie, lui dit de ne point trop s'attrister, qu'au lieu d'être emprisonné, il devait se regarder comme délivré, n'ayant plus à redouter les soucis, les tentations, les grandeurs du monde; qu'il n'avait enfin qu'à se conduire honnêtement et à donner à tous l'enseignement et l'exemple de l'honnêteté. «L'honnêteté, l'honnêteté!» dit Abélard, qui sentait, à travers la charité du prieur, percer l'aiguillon de la vanité du docteur, «qu'avez-vous donc à me tant prêcher, conseiller, vanter l'honnêteté? Il y a bien des gens qui dissertent sur toutes les espèces d'honnêteté, et qui ne sauraient pas répondre à cette question: Qu'est-ce que l'honnêteté? - Vous dites vrai,» reprit aussitôt Gosvin avec aigreur; «beaucoup de ceux qui veulent disserter sur les espèces de l'honnêteté ignorent entièrement ce que c'est; et si dorénavant vous dites ou tentez quoi que ce soit qui déroge à l'honnêteté, vous nous trouverez sur votre chemin, et vous éprouverez que nous n'ignorons pas ce que c'est que l'honnêteté, à la façon dont nous poursuivons son contraire[128].» A cette réponse ferme et mordante, dit le moine historien de Gosvin, le rhinocéros prit peur, pavefactus rhinocerosiste; il se montra les jours suivants plus soumis à la discipline et plus craintif du fouet, timidior flagellorum. Voilà, si ces paroles caractéristiques sont exactes, comment, dans les retraites
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