bibliotheq.net - littérature française
 

Charles de Rémusat - Abélard, I

oubli de deux siècles, a-t-il osé lui rendre à certains moments et ses formes et son style. Par le choix de
notre sujet, par l'étendue de notre travail, nous avons dû nous jeter audacieusement dans cette oeuvre de

restitution scientifique. Nous sommes rentré dans la nuit du moyen âge, pour y marcher le flambeau à la

main. Un historien dont la science profonde est vivifiée par une puissante imagination, a su ranimer les

sentiments et les moeurs de la société de ces temps-là. Il a remis sur ses pieds le Germain, le Gaulois, le

Saxon, le Normand. Ce qu'il a si habilement fait pour l'homme moral, pour l'homme politique, serait-il

chimérique de le tenter pour l'homme intellectuel? A côté du guerrier franc, du magistrat communal, du

serf des cités ou des champs, en face du roi, du leude et du prêtre, reprenant à sa voix la parole et l'action,

ne pourrait-on faire revivre l'écrivain et le philosophe, aux luttes des races opposer les combats des

écoles, aux jeux de la force, les guerres de l'esprit? Est-il impossible de convoquer encore pour un instant

les hommes du XIXe siècle autour d'une de ces chaires éloquentes où la raison humaine, essayant sa

puissance, bégayant des vérités timides, préparait, il y a sept cents ans, la lointaine émancipation du

monde?

PREUVES ET AUTORITÉS

DE

L'HISTOIRE D'ABÉLARD.

On a beaucoup écrit sur Abélard, mais on s'est beaucoup répété, et il faut bien choisir les autorités, quand
on parle de lui. Parmi celles que nous allons citer, les unes, qui sont originales, et ce que les anciens

éditeurs appelaient testimonia, datent de son temps ou viennent de ceux qui avaient pu connaître

ses contemporains; les autres sont postérieures et n'ont qu'une valeur relative à l'instruction, à la véracité,

à la sagacité de l'écrivain.

I.

AUTORITÉS DU XIIe SIÈCLE ET DU SUIVANT.

I. - Historia calamitatum, ou l'Epistola prima. Ce sont les Mémoires de sa vie écrits par
lui jusque vers l'année 1135. Cette lettre a été donnée pour la première fois dans ses Oeuvres, par

Duchesne, qui y a joint d'excellentes notes. Le meilleur texte, bien qu'incomplet, a été revu sur le

manuscrit 2923 de la Bibliothèque Royale, et inséré dans le Recueil des historiens des Gaules et de la

France (t. XIV, p. 278). Turlot, qui l'a reproduit en presque totalité, dit que le manuscrit a appartenu à

Pétrarque et contient des notes de lui. (Abail. et Héloïse, p. 4.) La bibliothèque de Troyes possède

un manuscrit sous le n'o 802, qui a été collationné avec l'imprimé à la demande de M. Cousin; il contient

de nombreuses différences assez peu importantes, sauf une seule qui sera indiquée.

II. - Les lettres d'Héloïse et d'Abélard, souvent réimprimées et traduites. La première traduction est celle
de Jean de Meung, le manuscrit en existe à la Bibliothèque du Roi. La première édition du texte est celle

qui fait partie des Oeuvres déjà citées: Petri Abaelardi filosofi et theologi abbatis ruyensis et Heloisae

conjugis ejus primae paracletensis abbatissae Opera, nunc primum edita ex Mss. codd. V. Illus. Francisci

Amboesii
, etc., in-4°. Paris, 1616. Cette édition des Oeuvres d'Abélard, la première et la seule qui
porte ce titre, est appelée indifféremment l'édition d'Amboise ou de Duchesne; elle contient les lettres

d'Abélard et d'Héloïse, des lettres de saint Bernard, du pape Innocent II, de Pierre le Vénérable, de

Bérenger de Poitiers, de Foulque de Deuil, etc., toutes pièces importantes pour l'histoire d'Abélard, ainsi

que plusieurs de ses ouvrages théologiques qui ne sont encore imprimés que là. Les principaux sont: 1° le

Commentaire sur l'épître aux Romains; 2° l'Introduction à la théologie; 3° les Sermons. Voyez sur cette

< page précédente | 5 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.