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Charles de Rémusat - Abélard, I

annales même du monastère. La chose était commune alors dans beaucoup de couvents, et il n'y avait pas
cent ans que les mêmes désordres, dans la même maison, avaient nécessité une réforme entreprise par

saint Odilon. Deux actes d'administration charitable de l'abbé Adam, rapportés par Duchesne qui veut le

justifier, ne prouvent nullement qu'il menât une vie régulière. (Ab. Op., ep. I, p. 19; Not., p. 1153.

- Saint Bernard, Op., ep. LXXVIII et not. - Guill. Nang. Chron., an. 1123, Rec. des

Hist
., t. XX, p. 727.)]

[Note 95: «Ad cellam quamdam.» (Ab. Op., ep. I, p. 19 et 20.) D. Brial seul dit que ce lieu est
Maisoncelle. (Rec. des Hist., t. XIV, p. 290.) Il y a dans le département de Seine-et-Marne

plusieurs villages de ce nom. Le lieu qu'habitait Abélard, désigné par quelques écrivains sous le nom

de Trecensis cella, peut être ou Maisoncelle de l'arrondissement et du canton de Coulommiers, ou

plutôt Maisoncelles du canton de Villiers-Saint-Georges, arrondissement de Provins. Je ne crois pas que

le lieu de refuge d'Abélard, malgré cette désignation Trecensis cella, doive être confondu avec le

couvent de Troyes, appelé Cella, monasterium cellense, ou Moustier-la-Celle, le monastère de

Saint-Pierre de Troyes. (Gall. Christ., t. XII, p. 539.) Le P. Longueval veut qu'il ait enseigné à

Provins dans un prieuré de Saint-Florent de Saumur. Peut-être confond-il cette première sortie du

couvent avec la seconde qui le conduisit à Provins, au prieuré de Saint-Ayoul. (Hist. de l'Egl.

gall
, t. VIII, l. XXIII, p. 355. - Hist. litt. t. IX, p. 85.)]

Il retrouva sur-le-champ un auditoire attentif et nombreux; on parle de trois mille étudiants. La foule
reparut, et bientôt ce lieu retiré ne suffit plus à l'abriter ni à la nourrir. Ramené par le malheur aux plus

sérieuses méditations, préoccupé des devoirs de sa profession nouvelle, devenu par l'étude et plus savant

et plus subtil[96], il rendit son enseignement éminemment religieux, sans abandonner ces sciences

profanes dont on lui demandait surtout les leçons. Il en fit comme un appât dont la saveur attirait les

disciples à cette philosophie véritable qui était enfin pour lui celle de Jésus-Christ, imitant ainsi celui

qu'il appelait le plus grand des philosophes chrétiens, Origène. La manière en effet dont saint Grégoire le

Thaumaturge nous dit qu'enseignait ce profond et singulier docteur offre assez d'analogie avec la

méthode d'Abélard. C'est bien, au reste, celle de quiconque veut fonder la foi sur la raison. «Point

d'arcane pour Origène,» dit le Thaumaturge, «il expliquait tout[97].»

[Note 96: «De acute acutior.» (Oth. Fris., De Gest. Frid., t. I, c. XCVII.)]

[Note 97: «Summum christianorum philosophorum Origenem.» (Ep. I, p. 19.) Voyez le passage de
Grégoire dans l'ouvrage de D. Gervaise (t. 1, p. 131) ou dans ce père lui-même. (Orat. panegyric. et

charist. ad Origen
, p. 73. S.P. Greg. cogn. Thaum. Op., Paris, 1621.)]

Le tour théologique qu'avait pris l'enseignement d'Abélard ne fit qu'exciter davantage la curiosité, et le
professeur obtint un succès qui rappelait le passé. Pour s'instruire à la fois dans la science séculière et

sacrée, on se pressa dans son école, et la décadence des autres établissements recommença. Les maîtres

se déchaînèrent de nouveau contre lui. On attaqua tout, et sa manière et son droit d'enseigner. On lui

reprocha, mais non pas en face, d'être, contrairement aux devoirs monastiques, encore trop captivé par

l'étude des livres profanes, et d'avoir usurpé, cette fois sans qu'un supérieur l'autorisât, la maîtrise en

théologie. Son école était en effet une oeuvre volontaire et privée; il n'était plus maître et comme recteur

de celle de Paris, il n'était théologal d'aucune église. La publicité des écoles monastiques n'existait pas de

droit, et d'ailleurs il enseignait hors de son couvent. On demandait donc son interdiction, et l'on ne cessait

de presser dans ce sens, archevêques, évêques, abbés et tout personnage revêtu de quelque titre

ecclésiastique. On travaillait à soulever tout le clergé contre lui.

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