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Charles de Rémusat - Abélard, I

historiques français, depuis le XIIe jusqu'au XVIIIe siècle (2 vol. in-12, Paris, 1841, 1842),
conjecture que les chansons d'Abélard étaient en latin; et c'est aussi l'opinion de M. Edélestand Dumeril

( Journ. des sav. de Normand., 2e liv., p. 129). Cependant Héloïse dit qu'on la chantait sur les

places publiques; peut-être aussi que, suivant le goût du temps, les vers latins et les vers romans étaient

mêlés. On a annoncé, il y a quelques années, que ces chansons venaient d'être retrouvées au Vatican; et

la Biographie anglaise le répétait en 1842. On aura voulu parler des complaintes latines bibliques

que M. Greith a publiées (Spicilegium Vaticanum, Frauenfeld, 1838), et ce ne sont ni des

chansons d'amour ni des chansons populaires. On pouvait espérer, en ce genre, quelque découverte

curieuse des manuscrits mentionnés aux articles 87, 88, 89 et 90 du catalogue de M. Greith sous ces

titres: Cantilenae lingua gallica antiqua scriptae, Carmina amatoria, etc., p. 131. Mais la

plupart de ces chansons françaises du Vatican ont été publiées dans le recueil d'Adelbert Keller,

intitulé: Romvart, p. 245, etc., Manheim, 1844, in-8. Il n'y en a point d'Abélard. Voyez ci-après la

note sur les élégies bibliques. Le Recueil des chants hist. franç., Introd. p. v, et Ab. Op.,

ep. I, p. 12; ep. II, p. 40 et 48.]

[Note 71: Dom Clément, regardé comme l'auteur de l'article Abélard, dans l'Histoire littéraire
de la France
, t. XII, p. 92, et t. VII, p. 50.]

La désolation fut grande parmi les écoliers, lorsqu'ils s'aperçurent de la préoccupation qui leur enlevait
leur maître. Ils assistaient avec tristesse à ces leçons inanimées que leur donnait encore celui dont l'âme

était ailleurs. Il leur semblait l'avoir perdu, et quelques-uns ne pouvaient voir sans alarmes ce que tous

voyaient avec douleur. Il est impossible que les ennemis secrets d'Abélard n'en ressentissent pas une joie

égale; mais ils ne la montraient pas, et telle était alors sa puissance ou la liberté des moeurs, qu'il ne

paraît pas que le bruit de son aventure lui ait beaucoup nui dans les premiers temps, ni qu'on ait songé à

la tourner contre lui. Il était clerc, nous savons qu'il portait le titre de chanoine; on a même cru, bien que

sans preuve, qu'il était déjà prêtre[72]. Mais dans le relâchement et la rudesse du moyen âge, le

dérèglement ne faisait un tort sérieux qu'au jour où il devenait l'occasion de quelque violence. Or ici rien

de semblable; l'aventure était publique; on en parlait, on la chantait dans Paris. Nul ne l'ignorait, hormis,

bien entendu, le plus intéressé à la savoir. Dans ses illusions d'affection, de respect et de vanité, Fulbert

ne se doutait de rien, et plusieurs mois se passèrent avant qu'il fût averti; il repoussa même les premiers

avis; mais enfin il conçut des soupçons, et il sépara les deux amants.

[Note 72: Il est certain qu'il le fut plus tard. Une fois abbé, il disait la messe. (Ab. Op., part. I, ep.
i et iv, part. II, ep. xxiii, p. 39, 54 et 341.) Mais à l'époque que nous racontons on ne voit que ces mots

clericus, canonicus
, et nous ne croyons pas qu'il fût encore dans les ordres. Aucun historien ne
s'explique sur ce point. Un auteur ecclésiastique ne représente Abélard que comme bénéficier, ce qui

l'engageait à de certains voeux, non pas, il est vrai, irrévocables. Dans ses objections contre le mariage,

Héloïse l'attaque comme contraire à la dignité d'un clerc, à sa fortune à venir, dans l'Église, mais non à

des engagements formels. Bayle en conclut que le célibat n'était pas alors une obligation stricte pour les

prêtres, mais un devoir de perfection. D. Gervaise en induit an contraire, quoiqu'avec peu d'assurance,

qu'Abélard était encore libre, le concile de Reims venant de renouveler les canons d'un concile tenu à

Londres en 1102 contre les prêtres, diacres et sous-diacres qui se marieraient. Mais le concile de Reims

(1119) n'avait pas encore eu lieu, et ses défenses prouvent que la règle du célibat des prêtres n'était pas

aussi solennellement consacrée et suivie qu'elle l'a été depuis. Nous voyons d'ailleurs, dans un des

ouvrages d'Abélard, qu'il pensait qu'un prêtre pouvait être marié une fois, pourvu qu'il n'eût pas fait de

voeu contraire. Il n'y a pas impossibilité de soutenir l'opinion de Bayle; mais celle de D. Gervaise a pour

elle les meilleures apparences. ( Ab. Op., ep. i, p. 16. - P. Ab. Epitom. theol., c. xxxi, p.

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