|
Charles de Rémusat - Abélard, I
excitèrent parmi les écoliers une indignation générale; ils crièrent à la jalousie, à la calomnie; ils dirent que jamais pareille chose ne s'était vue; et ce commencement de persécution ne fit qu'ajouter à la gloire de celui qu'elle semblait signaler entre tous.
[Note 48: Abélard lui applique la stat magni nominis umbra et la comparaison de l'arbre que Lucain applique à Pompée. (Ep. I, p. 7. - Lucain, Phars., l. I.)]
[Note 49: Albéric de Reims, élève de Godefroi, scolastique de cette ville, se perfectionna sous Anselme de Laon, devint archidiacre et écolâtre de l'église de Reims, et enfin archevêque de Bourges en 1130. Il eut de la réputation comme professeur. Il était aimé de saint Bernard. Lotulfe ou Loculfo le Lombard, ou, selon Othon de Frisingen, Leutald de Novare, ami et condisciple d'Albéric, régit avec lui les écoles de Reims. On n'en sait rien de plus. (Johan. Saresb., Rec. des Hist., i. XIV, p. 301. - Ou Fris. Gest. Frid., l. I, c. XLVII. - Duboulai, Hist. Universit., Catal. ill. vir., t. II, p. 753. - Hist. litt. t. XII, p. 72.)]
Abélard revint aussitôt à Paris. Toutes les écoles, d'où il avait été jadis expulsé, lui étaient maintenant ouvertes; il y rentra en maître et occupa facilement cette position dominante dans l'enseignement, qu'on n'osait plus lui refuser. A la principale chaire, à celle de recteur des écoles, était attaché vraisemblablement un canonicat. On croit du moins que c'est alors qu'il fut nommé chanoine de Paris [50], ce qui n'était sans doute qu'un bénéfice et un titre, et ne prouve nullement que dès lors il fût prêtre.
[Note 50: C'est à cette époque (vers 1115) que les auteurs de l' Histoire littéraire placent cette nomination; j'ignore sur quelle autorité, mais cette opinion est fort probable. Cependant on la conteste, et D. Gervaise veut qu'Abélard soit devenu chanoine dès le temps où il professait à Paris, du consentement et à la place du successeur de Guillaume de Champeaux. Duchesne, sur la foi d'une chronique manuscrite des archevêques de Sens, prétend qu'il fut chanoine de Sens et non de Paris; et voici le texte inédit qui motive son assertion et dont je dois la connaissance à la savante amitié de M. Le Clerc: Ex Chronico senonensi Gaufridi de Collone, monarchi Sancti Petri Viti senonensis, seculo XIIIe. Manuscrit de la bibliothèque de Sens, n. 271, décrit et apprécié dans le t. XXI de l'Hist. litt. de la France. Fol. 129 v°, col. 1 et 2. «Anno Domini n° c° XL° (leg. XLII), magister Petrus Abaulart, canonicus primo maioris ecclesie senononsis, oblit; qui monasteria sanctimonialium fundauit, spetialiter abbatiam de Paraclito, in quo sepelitur cum uxore. Suum epitaphium tale est: «Est satis in titulo, Petrus hic iacet Abaillardus. Hic (leg. huic) soli paluit scibile quidquid erat. Canonicus fuit, et post uxoratus.» Cité en partie, mais sans nom d'auteur, par André Duchesne, Notae ad Hist. calamitatum, p. 1150, et Duboulai, Hist. Univ. paris, t. II, p. 760. Les derniers mots on été ainsi altérés par celui-ci: «Uxoratus primo fuerat, postea canonicus.» Le même Duboulai dit, à la vérité dans une table seulement, qu'Abélard fut chanoine de Tours; enfin, on voit sur une vitre de la cathédrale de Chartres une figure vêtue en chanoine, avec ce nom Pierre Baillard, et on veut que ce soit Abélard, chanoine de Chartres. On ne pouvait en général posséder qu'un seul canonicat comme on ne pouvait avoir qu'un bénéfice. Faut-il admettre que le titre de chanoine honoraire fût alors connu, ou qu'Abélard ait changé plusieurs fois de chapitre? La chose certaine, c'est qu'il était chanoine, il le dit lui-même. Il n'était pas nécessairement prêtre pour cela. On ne sait quand il le devint; peut-être en se faisant moine à Saint-Denis. (Cf. Ab. Op., ep. l, p. 16. - Hist litt., t. XII, p. 81. - Vie d'Abeillard, t. I, p. 28. - Hist. Universit. paris., t. II, in indic. - Niceron, Mém. pour servir à l'Hist. des Homm. ill., t. VI. - Rech. hist. sur la ville de Sens, par M. Th. Tarbé, c. XXI, p.443.)]
Dans sa nouvelle situation, il continua et termina son interprétation d'Ézéchiel, commencée et suspendue
|