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Charles de Rémusat - Abélard, I

plus démonstrative que le nom. Quant aux choses mêmes, la définition fait plus que le nom pour la
signification, quand elle est substituée à la chose même qui est ignorée et qu'elle détermine distinctement

dans toutes ses parties[554].»

[Note 553: De Div., p. 665.]

[Note 554: Dial., p. 495-497. Cette dernière partie de la discussion, donnée textuellement, aurait
besoin peut-être, pour se faire comprendre, d'une paraphrase nouvelle. Mais dans les deux chapitres

suivants on reviendra au sujet qu'elle traite, et tout sera peut-être éclairci.]

Ici finissent les extraits que nous voulions donner de la Dialectique, et aucune de ses parties, plus que ce
dernier livre, n'aura prouvé combien cette science consacrée à l'élude des procédés logiques de l'esprit,

est forcément et fréquemment entraînée à l'examen des questions de métaphysique. On ne saurait trouver

étrange que cette nécessité se fasse sentir surtout dans les recherches sur la définition. Qu'est-ce en effet

que définir? c'est dire ce qu'est une chose. La science de la définition est donc l'art de dire ce que sont les

choses, et comme l'art de le dire est celui de l'enseigner, c'est apparemment aussi celui de le savoir.

Apprendre à définir, c'est donc finalement apprendre à connaître les choses; et cette partie de la logique

est l'introduction à l'ontologie. S'il y a une méthode sûre pour bien définir, il y a un procédé certain pour

connaître la vérité des choses.

D'où venait cette préférence pour la définition comme moyen de connaître? de l'emploi presque exclusif
du raisonnement dialectique. Ce raisonnement n'est au fond que le syllogisme; or le syllogisme n'est, à le

bien prendre, que le moyen de tirer de la définition d'une chose la définition d'une autre. Les propositions

qui le composent sont des définitions partielles ou totales, provisoires ou finales. Quand il est général et

définitif, il est (ce mot de définitif semble lui-même l'indiquer) un procédé de définition. Si l'on remonte

aux syllogismes antérieurs, on arrive toujours à quelque proposition universelle qui exprime qu'une chose

convient à une autre, à toute cette autre, à rien que cette autre, omni et soli. C'est donc une

définition. Et, comme la scolastique recourait peu à l'observation soit interne, soit externe, il est tout

simple que, suivant son procédé habituel, elle se soit attachée à rechercher et à établir plutôt les

conditions logiques de la définition, que les méthodes les plus sûres de découvrir et de constater la vérité,

persuadée qu'elle était qu'une fois ces conditions connues, elle n'aurait plus qu'à les appliquer, sans

investigations lointaines, sans expériences prolongées, pour faire de bonnes définitions ou pour contrôler

celles qui lui seraient présentées. Qu'était-ce pour elle, en effet, qu'étudier une chose? c'était en chercher

la place dans les cadres de la dialectique; c'était déterminer à quelle catégorie elle appartenait, si elle était

genre le plus général ou prédicament, genre, espèce, sous-genre, sous-espèce, espèce la plus spéciale ou

individu, si elle était mode ou nature, propre ou accident; et cela, moins en retraçant les caractères

effectifs de la chose dans la réalité, qu'en rappelant les propositions d'Aristote, de Porphyre, ou de Boèce,

où elle avait figuré, pour faire concorder l'exposition logique de la chose avec les assertions antérieures

de l'autorité. La recherche de la vérité dans un tel système aurait dû, pour atteindre parfaitement son but,

aboutir à un tableau dialectiquement encyclopédique de tous les objets nommés par le langage; et ce

tableau n'eût été qu'une collection méthodique de définitions.

Si la définition a été depuis moins pratiquée et moins prônée, c'est qu'on a reconnu combien était
artificielle et hypothétique soit cette manière de la trouver, soit la science dont elle devenait le

fondement. On a remarqué que la définition n'était jamais que relative à la connaissance acquise, et ne

contenait de vérité qu'en proportion de ce qu'on en savait. La définition ne donne pas la science; elle la

résume ou la rappelle, elle ne la produit pas. Sans donc y renoncer, il vaut mieux s'enquérir, par l'étude

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