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Charles de Rémusat - Abélard, I

(Boeth. Op., p. 558), soit par son premier livre (id., p. 580), lui a donné l'exemple de
joindre à la théorie du syllogisme tout ce qui concerne l'oraison et la proposition.]

[Note 480: Dial., pars I, l. III, p. 212.]

[Note 481: Dial., pars II, p. 234 et 236. - Accipe codicem. - Festinet amica.]

C'est dans cette partie de la philosophie que la science paraît le plus abstraite, le plus étrangère aux
réalités, et ce sont surtout les opinions d'Abélard sur le fond des choses qui excitent notre curiosité. Nous

avons dit et nous verrons mieux encore par la suite que ce fond des choses n'est pas toujours aussi

étranger qu'il le semble à la pensée du philosophe et même du dialecticien. Mais il est un point de la

théorie de la proposition où Abélard fait cesser jusqu'à cette apparence, et dans une digression heureuse,

donne un des plus remarquables exemples de l'application de la dialectique à la métaphysique. C'est là un

procédé de la science comparable, sous plusieurs rapports, à l'application de l'algèbre à la géométrie; et

comme il s'agit d'une question importante, sur laquelle Abélard s'est fait une renommée, de la question du

libre arbitre, nous reproduirons ses idées avec un peu de développement.

Pour bien comprendre la question, il faut remonter à la théorie de la proposition. Elle se définit: une
oraison qui signifie le vrai ou le faux. La signification de la proposition est susceptible de fausseté ou de

vérité, tant par rapport aux conceptions que par rapport aux choses. Dans la proposition: Socrate

court
, ce ne sont pas les conceptions de Socrate et de course que nous entendons
combiner; c'est la chose course que nous voulons combiner à la chose Socrate, et la

conception que nous provoquons dans l'esprit de celui qui nous écoute est une conception de réalité.

La proposition, en tant qu'elle porte sur les conceptions, n'a presque aucune conséquence nécessaire, elle
en a de nombreuses, en tant qu'elle porte sur les choses mêmes. En prononçant une proposition, on a ou

l'on n'a pas de certaines conceptions, et toutes celles que la logique tirerait des termes de la proposition,

ne nous sont pas nécessairement présentes à l'esprit. De la chose même énoncée par la proposition, naît

au contraire plus d'une conséquence obligée. Si je pense que tout homme est un animal, je ne pense pas

nécessairement que l'homme est un corps; mais du fait que tout homme est un animal, résulte

nécessairement le fait que l'homme est un corps; d'où cette règle, vraie pour les choses, fausse pour les

idées: «Si l'antécédent existe dans la réalité, il est nécessaire que le conséquent existe dans la

réalité[482].»

[Note 482: Dial., pars II, p. 237 et seqq. - La liaison de l'antécédent et du conséquent joue un
grand rôle dans la théorie du syllogisme hypothétique, et les idées d'Abélard sur ce point avaient de la

célébrité. (Voy. Johan. Saresb. Pollcrat., l. II, c. XXII, et Metalog., l. III, c. VI.)]

Vraie ou fausse, la proposition est affirmative ou négative. L'affirmation et la négation d'un même sont
contradictoires; ce qui s'exprime en disant: «L'affirmation et la négation divisent;» ce qui revient à dire

que tout ce qui n'est pas dans l'une est nécessairement dans l'autre. Cela est évident pour les propositions

relatives au présent; mais il est des propositions qui ne se renferment pas dans le temps présent. Des

affirmations ou négations vraies ou fausses peuvent se dire au passé ou au futur. De celles-ci, et

particulièrement des dernières, on a douté que l'affirmation ou la négation fussent divisoires

(dividentes), c'est-à-dire que la vérité de la négation y dût exclure celle de l'affirmation, et

réciproquement; car aucune proposition au futur, c'est-à-dire prononçant sur un événement contingent, ne

saurait être vraie d'une vérité nécessaire. On prévoit comment le libre arbitre a pu se trouver intéressé

dans cette question.

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