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Charles de Rémusat - Abélard, I

définition et y ajoute de son fonds des exemples mal choisis, afin de trouver quelque chose à corriger.
Mais puisque notre latinité n'a pas encore connu les ouvrages de Platon sur cet art, nous ne nous ingérons

pas de le défendre en choses que nous ignorons. Nous pouvons cependant faire un aveu, c'est qu'à

considérer plus attentivement les termes de la définition platonique, elle ne s'écarte pas de la pensée

d'Aristote.» Lorsqu'il a dit: «Les relatifs sont des relatifs en ce qu'ils sont choses des autres choses,» il a

regardé moins à la construction des mots, qu'à la relation naturelle des choses. Il ne s'agit pas, en effet,

d'une attribution quelconque, verbale, accidentelle, mais substantielle. Ce qui est assigné par possession

n'est pas relatif dans le sens technique, car ce n'est pas ce qui accompagne naturellement le sujet, ce qui

en dépend substantiellement. Le boeuf d'un homme, n'est que le boeuf possédé par un homme. Une chose

est relative à une autre, elle est ad aliquid, lorsqu'elle est d'une autre, en ce sens qu'elle en

dépend, comme la paternité et la filiation dépendent mutuellement l'une de l'autre. Sans doute cette

relation est exprimée par le génitif, ce qui est d'un autre, quod est aliorum; mais le génitif

n'exprime pas uniquement la simple assignation de ce qui est possédé à ce qui possède, il énonce aussi la

relation de dépendance essentielle, comme lorsqu'on dit: Le père est le père du fils. Dans cette

proposition, on peut entendre également et que la substance du père est dans un certain rapport avec le

fils ou que les deux substances se concernent, et qu'il y a du père au fils une relation nécessaire qui fait

que l'un ne peut être sans l'autre.

[Note 476: Dial., p. 206. A la manière dont parle Abélard, il paraît avoir connu le texte même de
Macrobe. (In somn. Scip., l. II, C. XIV.)]

L'étude des autres catégories, même celle de qualité, nous apprendrait peu de chose, et nous passons au
livre III.

La seconde partie de l'Organon est le traité super periermenias, comme l'appelle Abélard, qui
n'était pas le seul à prendre ce titre pour un seul mot: [Grec: Ermaeneia], Hermeneia; de

Interpretatione
, comme disent les premiers traducteurs; du langage ou de la
proposition
, comme dit le dernier traducteur de la Logique. Dans la Dialectique d'Abélard, qui est
son Organon, la première partie est terminée par un livre de Interpretatione, qui succède aux

Prédicaments
, et ce livre III est, à beaucoup d'égards, comme dans Aristote, une grammaire
générale[477]. Là sont véritablement traitées les parties du discours, et notamment le nom et le verbe.

Cependant on y remarque quelque dissidence sur les questions communes entre les dialecticiens et les

grammairiens, et Abélard se prononce en général pour les premiers. Il serait impossible de le suivre dans

le détail de ses recherches sur les mots, et nous marcherons ici rapidement.

[Note 477: Dial., pars I, l. III, p. 209, 226. - De la Log. d'Arist., t. I, p. 183. - Log.
d'Arist.
, trad. par le même, t. I, p. 147.]

Guillaume de Champeaux est souvent cité. Il paraît évident qu'il avait touché à toutes les parties de la
dialectique, et produit, sur maintes questions, des vues nouvelles qui ne manquent pas de subtilité. De ces

questions, celle qui semble le plus occuper Abélard, est la question de savoir ce que c'est que la

signification des mots. On a déjà vu tout à l'heure qu'il entend par signifier produire une idée.

C'est une conséquence que pour juger de la signification des mots, il faut moins regarder aux mots qu'à

l'intelligence de l'auditeur. Soit donc posée la question: Un nom signifie-t-il tout ce qui est dans la chose

à laquelle le nom a été imposé, ou bien seulement ce que le mot même dénote et ce qui est contenu dans

l'idée qu'il exprime? Abélard se décide pour cette dernière opinion, qui était celle d'un certain

Garmond[478] contre Guillaume de Champeaux; le premier s'appuyant sur la raison, tandis que le second

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