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Charles de Rémusat - Abélard, I

noms des genres sont des abstractions.

[Note 402: Tels sont en partie les noms donnés aux sectes qu'engendra la discussion des universaux. Au
temps d'Abélard, on ne distingue d'ordinaire que les réalistes (ou réaux), les nominalistes (ou nominaux),

et les conceptualistes.]

Dans l'impuissance de parcourir ce terrain tout entier, nous devrions au moins résumer les idées qui, au
commencement du XIIe siècle, étaient en quelque sorte les lieux communs de la philosophie et les points

d'appui de toute discussion, de toute recherche, de toute science.

Pour présenter un résumé bien systématique, il faudrait donner une analyse exacte de la philosophie
d'Aristote; c'est-à-dire qu'en prenant pour centre la Logique, il faudrait par les autres ouvrages, par la

Physique
, par le Traité de l'âme, par l'Éthique à Nicomaque, mais surtout par la
Métaphysique
, donner à la logique même, des fondements et des principes, et montrer comment elle
a pu devenir toute la philosophie, en présentant sommairement avec elle les autres parties de la science

auxquelles elle se lie. Mais c'est là un travail bien considérable, qui ne serait pas conforme à la vérité

historique, et qui risquerait de prêter à la scolastique plus d'ensemble et plus de méthode qu'elle n'en avait

réellement. On la rendrait aussi universelle qu'Aristote; et lui-même, elle était loin de le connaître tout

entier. Les créateurs et les continuateurs de cette science ne se sont pas sans doute renfermés strictement

dans la logique, mais c'est suivant le besoin des questions, c'est dans l'ordre où elles étaient amenées par

l'étude de la dialectique, que se livrant à des excursions nécessaires, ils ont atteint, hors d'elle, des

principes qui n'étaient point de son ressort, et qu'ils ont rapportés dans son domaine, mêlant ainsi la

métaphysique, c'est-à-dire les notions d'une science objective et transcendante, à la science subjective du

raisonnement et de ses formes. Nous ne les convertirons donc pas en péripatéticiens complets. Seulement

il leur est arrivé ce qui arriverait encore aujourd'hui à celui qui apprendrait sans plus la Logique

d'Aristote, il éprouverait incessamment le besoin d'en franchir les limites; il y trouverait incessamment

des allusions et comme des renvois implicites à une doctrine du fond des choses; il y rencontrerait des

idées ontologiques, sur lesquelles la logique proprement dite ne nous fait connaître que la manière

d'opérer régulièrement. Elle est, en effet, la mécanique rationnelle de l'esprit; mais il y a quelque chose

dessous, quelque chose au delà; et ce quelque chose, elle ne le donne pas. La logique est un vaste édifice

qui a des jours sur toute la philosophie. L'introduction elle-même de l'Organon ou le Traité des

Catégories
n'est pas seulement de la logique, il est d'un ordre supérieur, ou fait partie d'une science
antérieure. En lui-même, il ne donne pas entière satisfaction. Le lecteur qui l'étudie se demande avec

hésitation si, en énumérant les catégories, Aristote a donné la nomenclature des parties métaphysiques du

discours, ou celle des notions les plus nécessaires, les plus générales de l'esprit, ou celle enfin des

conditions essentielles et absolues des choses. Les principaux commentateurs ont ressenti cette

incertitude; l'Introduction de Porphyre aux catégories, c'est-à-dire à l'introduction même de la Logique,

est, malgré la réserve qu'il s'impose sur un point fondamental, destinée à compléter la Logique. Quant à

Boèce, qui avait traduit la Métaphysique, aussi bien que la Logique entière, c'est cependant à celle-ci

qu'il se consacre exclusivement, au moins dans ceux de ses livres que l'Occident connaissait à l'époque

qui nous occupe. Or, c'est à l'aide de ces renseignements, recueillis par hasard, que les prédécesseurs et

les contemporains d'Abélard ont mêlé à la dialectique pure les trois points suivants, les seuls qui soient

tout à fait indispensables à connaître pour comprendre cet ensemble de logique et d'ontologie qui forme

l'essence de la scolastique. Nous les présenterons en puisant aux sources, ce que faisait rarement le

moyen âge qui commentait des commentateurs.

1° D'après Aristote, la philosophie est essentiellement la science de l'être en tant qu'être. L'être s'entend

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