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Charles de Rémusat - Abélard, I

phil., t. III, p. 670-684. - Buddaei Observ. select., t. VI, ch. XVIII et XX. - Jourdain,
Rech. sur les trad. d'Arist.
, passim. - M. Rousselot, Phil. dans le moy. âge, 1re part - Voyez
aussi le chap. suiv. et le chap. I du l. III.]

Nous avons essayé de faire connaître le caractère général, les sources, l'origine, les débuts de la
scolastique; il conviendrait à présent de donner une idée plus complète et plus approfondie de la science

même qui s'est appelée de ce nom.

CHAPITRE II. DE LA SCOLASTIQUE AU XIIe SIÈCLE ET DE LA QUESTION DES
UNIVERSAUX.

Nous recherchons maintenant quelle sorte de science le moyen âge avait faite avec les données dont il
disposait, et mise à la tête de toutes les connaissances humaines. Au XIIe siècle, on l'appelait la

dialectique. Elle avait en effet la forme et le langage de la dialectique, quelles que fussent les idées

qu'elle exprimait. Mais ces idées étaient, suivant les temps et les hommes, des idées platoniciennes ou

des idées aristotéliques, beaucoup plus souvent les secondes que les premières; et chez ceux même qui

répétaient ce qu'on savait de Platon, Aristote encore tenait une grande place: «Ils enseignent Platon, dit

un auteur du temps[401], et tous professent Aristote.» C'est que la forme générale de la science venait de

lui. Sa dialectique qui aiguise et satisfait si puissamment l'esprit, était la seule étudiée. Quant à celle de

Platon, on la regrettait, mais on ne la connaissait pas; et, par respect pour un nom qui ne perdit jamais sa

grandeur, on recueillait autant que possible quelques idées éparses de cet homme divin; on les conservait

précieusement, mais en les traduisant dans la langue de son rival. Grâce à cet éclectisme d'un genre

particulier, quelques-uns penchaient pour le maître, la plupart pour le disciple, quoiqu'aucun n'eût osé

contredire le jugement de l'antiquité, en mettant le disciple au-dessus du maître. Toutefois il arrivait alors

ce qui arrive ordinairement: sur toute question, à toute époque, il y avait sinon deux écoles, au moins

deux opinions ou deux tendances philosophiques; l'éclectisme, qui était à peu près dans l'intention de

tous, prenait toujours une des deux nuances, et l'on a pu, sans trop d'inexactitude, reconnaître, d'un côté

l'influence un peu lointaine de l'école platonique, et de l'autre la domination plus directe et plus absolue

du péripatétisme. Ce ne fut jamais, il s'en faut bien, le pur, le vrai platonisme, ce ne fut pas même le

péripatétisme véritable. Mais si chez les uns, Platon était défiguré, chez les autres, Aristote n'était

qu'incomplet.

[Note 401: Johan. Saresb. Metal., l. II, c. XIX.]

Toutes les controverses où se produisit cette distinction, peuvent se ramener ou du moins se comparer à
la mémorable controverse sur la question des universaux. Aucune ne fut plus célèbre, plus caractéristique

et plus prolongée. Aussi d'excellents juges n'ont-ils pas hésité à y concentrer toute la scolastique, et à

renfermer toute son histoire dans l'histoire de cette question. Elle fut capitale en effet; elle agita les écoles

et presque la société, elle partagea l'esprit humain depuis Scot Érigène, jusqu'à la réformation, et ce n'est

pas au moment de parler d'Abélard que nous pourrions atténuer l'importance de ce débat plus que

séculaire. Nous accorderons à M. Cousin qu'en exposant la controverse des universaux, on donne une

idée du reste de la scolastique; mais ce reste est quelque chose, beaucoup même, et pour juger ou

seulement comprendre cette seule question, il est indispensable de connaître la science au sein de laquelle

elle s'est élevée. Les divers partis, réalistes, nominalistes, conceptualistes, averroïstes, scotistes,

thomistes, occamistes, formalistes, terministes[402], avaient un fonds commun d'idées, de principes, de

maximes, de locutions, qui formaient comme le terrain sur lequel croissait et s'étendait la plante vivace et

vigoureuse de la controverse la plus abstraite qui ait agité le monde. Les débats, en effet, sur les points

les plus ardus de la théologie, semblent toucher de plus près à la pratique que la question de savoir si les

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