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Charles de Rémusat - Abélard, I

de pure dialectique[395]. Et cependant Jean le Sourd ou le Sophiste[396], qui devait être le maître de
Roscelin, a commencé à former cette école subtile et peu connue, destinée à contraindre la science

logique à faire sur elle-même un de ces efforts féconds qui avancent d'un pas l'esprit humain.

[Note 392: «Summae philosophiae abbas.» (Hist. litt., t. VII, p. 159 et suiv. - Cf. Launoy, p.
63.).]

[Note 393: C'est le sens de: De rationali et ratione uti, titre de l'ouvrage de Gerbert. (B. Pes,
Thes. noviae. anecd.
, t. I, pars II, p. 148 et seqq.)]

[Note 394: Moralis philosophia de honesto et utili. (Ven. Hildeb., Op., p. 959. 1 vol. in-fol.,
Paris, 1708.)]

[Note 395: Dialogue de Grammatico, (S. Ansel., Op., p. 143.)]

[Note 396: Hist. litt., t. VII, p. 132.]

On touchait à la fin du XIe siècle. Paris était dès longtemps la ville de l'intelligence. On dit que le nombre
des étudiants y dépassait celui de la population sédentaire[397]. Plus de cent ans avant Abélard, des

chaires de philosophie s'étaient élevées; le caractère de la philosophie séculière était indiqué; la

scolastique avait commencé. On voit donc qu'Abélard, sous ce rapport, ne créa pas; il recueillit seulement

une tradition[398]; mais il lui donna le mouvement et la vie, en lui prêtant sa puissance et sa renommée.

[Note 397: Hist. litt., t. IX, p. 61, 78, etc.]

[Note 398: Les recherches de M. Cousin ont déjà fait connaître des manuscrits qui jettent du jour sur les
écoles de dialectique antérieures au XIIe siècle (Append., p. 613-623). De nouvelles recherches dans le

même sens conduiraient sans doute à renouer sans interruption le fil de l'enseignement scolastique à

Paris. Car on doit convenir qu'entre Remi ou le commencement du Xe siècle, et Guillaume de

Champeaux vers la fin du XIe, il y a une lacune assez obscure; on voit seulement qu'Odon, Abbon, et un

certain Wilram, professèrent, à Paris, la philosophie, mais longtemps avant l'an 1000. (Launoy, loc. cit.

et Hist. litt. t. IX, p. 61.)]

Maintenant, à quelle époque faut-il fixer l'avénement d'Aristote au gouvernement de l'école? On sait
parfaitement celle où il obtint une influence prédominante et bientôt exclusive, grâce au renfort

qu'apportèrent les Arabes, grâce à la protection de l'empereur Frédéric II; c'est après Abélard, au

commencement du XIIIe siècle. Mais Aristote, avant de devenir dictateur, comme Bacon l'appelle, avait

été consul. A la fin du XIe siècle, l'enseignement de la dialectique, dès longtemps établi dans l'école,

s'anime et s'agrandit; la popularité d'Aristote commence et présage son autorité future[399]. Abélard

paraît, et soudain il devient le plus puissant promoteur de cette autorité. Il illustre et fortifie de son

éloquence et de sa gloire ce naissant empire de la logique, qui ne devait s'organiser et se proclamer

qu'après lui[400].

[Note 399: C'est au Xe ou XIe siècle que M. Cousin (Append., p. 658) rapporte un poème sur les
catégories où on lit:

Doctor Aristoteles cui nomen ipsa dedit res,
Ingenio polleus miro, praecelluit omnes.

[Note 400: Cf. Launoy, De var. Arist. in Acad. paris, fort., c. I et III. - Brucker, Hist. crit.

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