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Charles de Rémusat - Abélard, I

d'Abélard. C'est l'ancienne chapelle du château, donnée á la commune, comme je l'ai appris du curé en
1843, par le dernier seigneur Barin de Froidmanteau, de la même famille que les La Galissonnière, dont

la résidence se voit à moins d'une demi-lieue en avant. Les ruines du château, détruit d'abord en 1420,

puis sous Louis XIII, ou quatre pans de murs, hauts de 1 mètre environ, renfermant un carré d'à peu près

30 mètres de côté, passent pour la maison d'Abélard, qu'on a dit aussi né dans une autre maison plus

modeste, démolie il y a sept ou huit ans par M. Dufrêne, procureur du roi. Bérenger peut avoir été

châtelain du lieu, quoiqu'il fût Poitevin, suivant l'unique témoignage d'une des épitaphes d'Abélard (

ex Chron. Rich. Pictav.
), Namque oritur patre Pictavis et Britone matre,
si toutefois on n'a pas fait confusion avec Bérenger de Poitiers, dont il sera question plus bas. Mais rien

n'empêche de voir en lui l'ancêtre de ces seigneurs du Pallet qui, jusqu'au XVe siècle, figurent dans les

annales de la Bretagne. Son fils est souvent désigné sous le nom de Palatinus et quelquefois

de Nannetensis. (Ab. Op., ep. I, p. 4. - Johan. Saresb. Policrat., l. II, c. XXII,

et Metal., l. I, c. V, et l. II, c. X. - Rec. des Hist. des Gaules, t. XII, p. 115, et t. XIV, p.

303-304. - Hist. de Bret., par D. Lobineau, t. I, l. III, p. 106-107; l. IX, p. 298; l. XIX, p. 651,

1143, 1162 et 1235. - Abail. et Hél., par Turlot, p. 143. - Voy. pitt. de Clisson, par

Thienon, pl. II et III. - Notice sur Clisson, in-18, Nantes, 1841, p. 7. - Renseignements manuscrits

transmis par M. Chaper, préfet de la Loire-Inférieure, et par MM. de la Jarriette et Demangeat, de

Nantes.)]

[Note 3: C'est Abélard qui dit que Breton vient de brute. « Brito dictas est quasi brutus.
Licet enim non omnes vel soli sint stolidi, hoc (sic) tamen qui nomen Britonis composuit

secundum affinitatem nominis bruti, in intentione habuit quod maxima pars Britonum fatua esset.» Et on

lit, en effet, dans le roman de Brut, que

Brutus Apela de Bruto Bretons

Les Troyens ses compaignons.

(V. 1211 et 1212.) Il s'agit, il est vrai, de la Grande-Bretagne, mais elle donna son nom à l'Armorique.

Les savants pensent que le nom de Bretons vient de Vrezonze ou Brazonce, les

peints
, les tatoués, comme les Pictes de l'Angleterre. Cependant l'esprit pénétrant des clercs
bretons est attesté par Othon de Frisingen, mais i1 veut qu'en toute autre chose que les arts (la rhétorique

et la dialectique), les Bretons soient presque stupides. C'est en faisant allusion à cette subtilité particulière

qu'Abélard dit de lui même: «Natura terrae meae vel generis animo levis.» Car je crois qu'ici animo

levis
signifie plutôt l'esprit prompt que la légèreté du caractère: ce n'est pas l'usage d'Abélard de
parler modestement de lui-même, et la légèreté n'est pas le défaut breton. (Ouvr. inéd. d'Ab.

Dialectic.
, p. 222 et 591. - De Gest. Frid. I imper., l. I, c. XLVII. - Ab. Op., ep. I, p.
4.)]

Très-jeune encore, il affronta les chances et les épreuves de cette stratégie du raisonnement et de la
parole. Il s'y exerça de bonne heure, et ses rapides succès lui donnèrent une telle confiance que, quittant

la maison paternelle, il alla voyager, parcourant les provinces, cherchant les maîtres et les adversaires,

marchant de controverses en controverses, et renouvelant ainsi, sous une autre forme et dans un plus

vaste espace, la coutume attribuée aux péripatéticiens de discuter en se promenant[4]. La philosophie

avait alors ses chevaliers errants.

[Note 4: Ab. Op., ep. I, p. 4.]

La France ne manquait pas de maîtres et d'écrivains qui cultivaient la dialectique. Des sciences qui
occupaient les esprits, c'était celle qui commençait à faire le plus de bruit et à donner le plus de

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