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Charles R. Daoust - Cent-vingt jours de service actif

accoutrement, havresac et autres. Après une aussi mauvaise nuit, la marche le long de la rive nord du Lac
Supérieur, vingt-cinq milles, faite en moins de dix heures, tient du prodige.

Peu d'hommes, même de vieux militaires auraient pu résister aussi bravement à une aussi forte étape, et
chose plus étonnante encore, pas un seul homme ne fut malade. Une seule halte fut faite pendant la

marche, à Little Peak, où l'on fit une distribution de rations, fromage et "hard tacks." Si la fatigue fut

grande, on eut une faible compensation par le magnifique coup d'oeil présenté par le coucher du soleil sur

le lac. L'astre du jour tomba comme un immense globe d'or dans le rideau, aux couleurs variées, que lui

tendait l'Occident et qui semblait plier sous la masse qui s'y engouffrait; au fur et à mesure que l'astre

disparaissait à l'horizon, chaque nuage se nuançait d'une façon grandiose. Que de poëtes auraient fait

deux fois la même route pour contempler un pareil spectacle!

Vers huit heures du soir tout le bataillon était remonté dans: de nouveaux chars, pires que ceux qu'on
venait de laisser. Ceux-ci n'étaient formés que de plates-formes simples avec une planche chaque côté

pour servir de garde-fou.

Sur ces planches d'autres plus minces étaient posées aussi près que possible les unes des autres et
servaient de sièges aux soldats fatigués. L'on marcha ainsi tout le reste de la nuit et il était une heure du

matin quand on descendit à Jackfish Syndicate.

A peine les soldats étaient-ils descendus des chars que la, pluie commença à tomber. Malheureusement il
n'y avait aucun abri pour recevoir tous les soldats et plusieurs compagnies attendirent au-delà d'une

demi-heure exposées à l'intempérie de la saison. Quelques murmures se firent entendre, mais ça ne dura

pas longtemps, car comme en bien d'autres circonstances semblables plus tard, le bon esprit des soldats

reprit le dessus et bientôt des chante joyeux se firent entendre. Quelques-uns, chantèrent à contre-coeur,

mais tout le monde chanta.

A deux heures du matin, après avoir bien mangé, les compagnies 2, 3, 4, 5 et 6 se retirèrent dans les
hangars de la compagnie du Pacifique, situés aux environs, tandis que les autres, 1, 7 et 8, remontèrent en

chars et furent conduites au village de Jackfish, où un grand hangar avait été préparé pour elles. Un bon

feu fut entretenu toute la nuit dans les deux poêles de l'habitation et pour la première fois depuis leur

départ de Montréal, les volontaires dormirent bien et se reposèrent.

À dix heures l'on se réveilla et les compagnies qui avaient couché au village retournèrent en chars au
Syndical pour y prendre le déjeuner.

La maison où se servaient les repas était encore remplie, les autres compagnies qui avaient couché au
Syndicat n'ayant pas encore fini leur déjeuner. La pluie continuait à tomber de plus belle et les soldats

furent forcés de s'entasser les uns sur les autres dans les hangars.

Pendant l'après-midi, les volontaires se réfugièrent sous des tentes et l'on s'amusa à chanter pour passer le
temps, car la pluie ne cessait pas. Quelques-uns se dirigèrent vers une vieille masure dont l'enseigne

moins prétentieuse par la forme que par le nom qu'elle portait avait attiré leur attention. On vendait de la

boisson dans ce chantier, la bière s'y débitait, à 15 contins, et ce qu'on était convenu d'appeler du

"whiskey" à 25 contins le verre.

A quatre heures, le repas du soir fut servi à tout le monde, puis chaque compagnie rentra dans ses
quartiers.

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