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Charles R. Daoust - Cent-vingt jours de service actif
Vers minuit le silence commence à régner parmi les promeneurs déjà fatigués de la marche et c'est avec une satisfaction prononcée qu'on arrive à "l'hôtel de la Forêt" vers une heure du matin. Ici on nous sert à manger, mais les hommes encore peu habitués à la nourriture qui fut distribuée, préfèrent s'en passer et choisissent leurs places autour d'un feu de camp.
Après une heure de halte au camp, on remonte en "sleighs" et la marche se continue à travers les bois. A neuf heures du matin, le jour de Pâques, on atteignit la fin de notre pénible voyage en traîneaux. Deux tentes furent levées à la hâte en cet endroit appelé vulgairement "Lac aux Chiens."
Ici, un accident des plus déplorables arriva à un des hommes de la compagnie No. 2, nommé Boucher. Cet individu, fatigué sans doute par la longueur et les misères de la route et découragé de la vie militaire, se jeta sur le chemin de fer au moment où notre train reculait, mais perdant tout à coup courage devant la mort cruelle qu'il s'était choisie, il essaya au dernier moment de se sauver. Il était trop tard. Les roues lui passèrent sur le pied et le blessèrent douloureusement. Il fut immédiatement transporté sous la grande tente sur l'ordre du chirurgien Simard en attendant l'arrivée du chirurgien major.
Cet accident, bien qu'il fût l'acte d'un insensé, jeta la consternation parmi le camp. C'était; le premier accident sérieux qui arrivait à un membre du bataillon, et sa nature était loin de compenser la peine que son état de priorité lui donnait.
Toute la journée se passa à attendre le colonel qui s'était attardé à Algoma, et la marche forcée qu'on avait faite pendant la nuit devint inutile. Enfin, vers quatre heures de l'après-midi, on nous servit nos rations, puis on nous fit monter dans de mauvais chars plates-formes dont quelques-uns même étaient découverts. On s'installa du mieux que l'on pût le long des bancs de bois brut en attendant l'heure du coucher. On nous distribua des couvertes de laine; chaque homme en avait une. Elles furent bientôt étendues sur le plancher du char et les soldats se placèrent comme ils purent sous les bancs. On nous donna en même temps des tuques en laine; il était temps! car notre figure était des plus comiques avec nos petits képis sur le coin, de l'oreille.
Tout alla assez bien pendant une demi-heure mais bientôt la fraîcheur des glaçons transperce les couvertes et le sommeil devient impossible. Plusieurs, Pour ne pas dire tous, se lèvent et passent le reste de la nuit, collés les uns contre les autres le long des bancs. La nuit était des plus froides et le vent qui s'engouffrait par les fentes du char rendait la situation des soldats intolérable. Avec quelle anxiété chacun attendait en silence le premier village où l'on pourrait enfin descendre!
Enfin à six heures du matin le train arrêta à la Baie du Héron, En moins de cinq minutes tout le bataillon était descendu en ligne. Pour la première fois une pauvre ration de rhum fut donnée à chaque homme, et sans rien exagérer, elle avait été richement gagnée. Bientôt après on nous servit à déjeuner dans les chantiers du Pacifique. Certains journaux anglais, entr'autres le News de Toronto, ont rapporté qu'en cet endroit les soldats avaient dévalisé les magasins de la compagnie et bien d'autres histoires toutes aussi mensongères et infâmes les unes que les autres. C'est ici l'endroit de réfuter ces sots rapports et de leur donner un démenti formel. Jamais un régiment dans de pareilles circonstances ne s'est aussi bien comporté et c'est même étonnant qu'aucun des mauvais rapports qui ont été faits n'ait le moindre fondement de vérité.
Après un copieux déjeuner, le bataillon remonta à bord et l'on continua dans les mêmes chars jusqu'à Port Munroe, où l'on arriva vers neuf heures de l'avant midi. Ici, on laissa les chars et la marche à pied commença. Chaque soldat portait sur lui, outre sa carabine et ses munitions, toutes les parties de son
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