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Charles R. Daoust - Cent-vingt jours de service actif

s'arrangea de son mieux pour dormir.

Jeudi, 16. - Le matin, la pluie commence à tomber: On nous servit du café chaud, du bon pain blanc, du
homard en boite et pour dessert des pêches en boite. C'était tout nouveau et ça sentait le Montréal. Vers

midi, l'on arrêta à Ignace pour dîner. Il y avait trois mois que nous n'avions pas eu autre chose que des

hard-tacks, du corn-beef ou du, boeuf salé. Aussi chacun fait-il honneur au repas. Après une heure de

délai, le train se remet en route et l'on se rend sans arrêt jusqu'à Port Arthur où l'on arrive vers les dix

heures.

La fanfare de la ville était à la gare et joua à notre arrivée. Au-delà de 4,000 personnes nous attendaient.
On nous mena souper par compagnies, aux différents hôtels de la ville. Après souper il y eut congé

général et plusieurs en profitèrent largement.

Vendredi, 17. - Il était une heure du matin quand nous fûmes prêts à partir dans de nouveaux chars, Vers
huit heures du matin nous étions rendus à Red Rock. Ici l'on sépara le train en deux à cause du mauvais

état de la nouvelle ligne qu'on allait avoir à parcourir. Malgré les dangers de la route, le trajet se fait avec

plaisir. Le chemin est des plus gais. Longeant continuellement les rives du lac Supérieur et en suivant

toutes les courbes, contournant les baies, partout le paysage est magnifique. L'on passa à McKercher

Harbour où nous étions arrêtés en montant, et ce fut avec plaisir qu'on se rappela nos souvenirs du mois

d'avril. Le soir, vers 8 heures, le train arrêta. L'ingénieur n'osait continuer pendant la nuit à cause du

mauvais état de la route, on passa la nuit en cet endroit.

Samedi, 18. - De bonne heure l'on se remet en marche. La journée fut des plus ennuyeuses. De temps à
autre seulement l'attention des soldats était attirée par quelqu'affreux précipice qu'on traversait sur un

pont de bois qui pliait sous le poids du char, ou par quelque tunnel qui répétait avec force les gais refrains

des soldats. L'on traversa Jackfish Bay où l'on avait passé un jour et une nuit au mois d'avril dernier.

Comme tout était changé! Comme tout paraissait plus gai! Cette nuit-ci l'on coucha encore en route!

Dimanche, 19. - Plus l'on approchait de Montréal, plus la gaieté augmentait. Vers midi, l'on arriva à
North Bay. Il faisait une chaleur écrasante. L'on se mit en rangs et l'on s'achemina vers le lac Nipissing.

Ici chacun reçut ordre de se déshabiller et de se laver. Pour plusieurs, l'ordre était superflu, mais pour

quelques-uns c'était nécessaire. En quelques minutes, tout le bataillon était à l'eau et bientôt tous se

débattaient au milieu des cris les plus joyeux. Après un bain d'une demi heure, l'on se rhabilla et l'on

retourna aux chars en rangs. Un quart d'heure plus, tard nous étions encore en route, mais cette fois-ci,

tous ensemble dans le même train. Vers huit heures du soir l'on descendit à Mattawa. Ici encore, une

foule nombreuse nous attendait. Après un bon réveillon, l'on remonte à bord des chars et, vers onze

heures, nous continuons notre route.

Lundi, 20. - La nuit se passa en amusements. On s'attendait à arriver à Montréal dans le cours de
l'avant-midi, c'était assez pour empêcher de dormir même les plus indifférents. Vers deux heures l'on

passa à Pembrooke.

Une grande foule nous salua au passage. Ceux qui furent assez chanceux de descendre des chars étaient
traités comme des enfants gâtés même par les jeunes filles qui n'osaient résister à des vainqueurs si bien

élevés. Un peu plus tard nous passions Carleton Place et, vers les six heures, nous étions à Ottawa. Avec

quel plaisir nous serrions les mains des quelques Montréalais qui étaient venus à notre rencontre! Cette

dernière partie de la route parut la plus longue.

Enfin, l'on passe Ste-Scholastique, St. Augustin, St. Martin et arrivons à Ste. Rose. Ici une véritable

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