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Charles R. Daoust - Cent-vingt jours de service actif
de manger un hard-tack beurré et Sucré.
Qui pourrait dépeindre la vie de chacun de nous pendant ces deux mortelles journées? Il faudrait d'abord bien connaître l'embarcation où nous étions et son étrange ameublement. A l'extérieur rien n'attirait l'attention d'une manière spéciale. Sa robe de peinture blanche n'était pas fraîche et était parsemée d'accrocs nombreux sous lesquels on voyait son corps humide. A l'avant on lisait Red River peint en lettres rouges. Sur le pont un assemblage des plus divers de barils de sucre, de boîtes de hard-tacks, de sacs à fleur, etc., dans un désordre indescriptible. Trois grandes ouvertures donnaient entrée à la cale où s'était réfugiée la plus grande partie du bataillon; le pont était occupé, par ceux qui n'avaient pu trouver place dans la cale et par les officiers qui avaient dressé une tente sur le devant. Ils étaient 22 à bord, le capt. Ethier avait le commandement. Des échelles de construction primitive menaient du pont à la cale. Au pied de la première échelle un poêle à fourneaux servait aux besoins culinaires des compagnies. En pénétrant à fond de cale, l'on pouvait se croire dans une obscurité complète et n'eut-ce été l'humidité on se serait cru dans les régions infernales (car chacun sait qu'il fait chaud dans cet endroit). Cependant l'oeil s'habituait peu à peu aux ténèbres et un spectacle étrange s'offrait à la vue. De longues galeries à plusieurs étages bordaient de chaque côté l'étroit couloir qui menait le touriste à l'avant ou à l'arrière du vaisseau. Jamais bazar persan ni foire St. Cloud ne présenta à ses visiteurs spectacle plus burlesque. Tous les types s'y rencontraient, il y avait une étrange agglomération de caractères et de costumes. Dans un coin quatre ou cinq bons zigues jouent au bluff et interrompent la partie par des jeux de mots affreux; un peu plus loin, un solitaire ronfle sur sa couchette de planches; ici, deux joueurs plus paisibles passent le temps à faire la partie de dames, là deux amis fument la pipe avec une indifférence platonique en se communiquant leurs impressions de voyage: partout on rencontre les caractères les plus opposés, et, en certains endroits, les gais éclats de rire et les chants de joie forment un contraste frappant avec la tristesse mélancolique de la mise en scène. Ajoutez à tous ces éléments disparates les figures enluminées et les bras noircis des cuisiniers, et vous aurez quelqu'idée du tableau que présentait la vie du 65e à bord de la barge "Red River."
Mercredi 15. - Enfin nous entrons dans la Rivière Rouge. Nous passons devant Victoria et, vers midi, nous arrêtons à West Selkirk. De grandes tables ont été disposées sous les arbres.
L'on s'y rendit en rangs. Un sandwich au jambon accompagné de quatre ou cinq gâteaux de différentes formes nous attendait. Au bout de chaque table un baril de Lager beer était à la disposition des plus altérés, et tout le monde l'était; aussi chacun fit-il honneur à tout.
Pendant le repas, des circulaires imprimées, nous forent distribuées; c'était une lettre de bienvenue signée par le maire de Selkirk. A peine avions-nous vidé notre baril de bière que le Lieutenant des Georges fit son apparition; il fut reçu avec force hourras! et aux applaudissements de tous. Après dîner l'on retourna aux bateaux. Après une heure d'attente, on nous mena de l'autre côte de la rivière à East Selkirk.
Le transport du bagage se fit avec une promptitude inaccoutumée; chacun y mettait la main, sachant que c'était la dernière fois qu'on aurait à s'occuper de ce détail. Quand tout fut débarqué, on fit bouillir la marmite et chacun but avec satisfaction un pot de thé chaud.
Après le thé on s'amusa de son mieux pour dissiper l'impatience de l'attente.
Enfin, vers huit heures, un train spécial arrive et est salué par mille cris de joie. On ne prit pas grand temps à mettre le bagage a bord, et à neuf heures nous étions en route. Tous étaient heureux à l'idée qu'ils ne descendraient de ces chars que rendus à Montréal. On chanta jusque vers les onze heures, puis chacun
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