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Charles R. Daoust - Cent-vingt jours de service actif
et l'eau. Cela dura une heure. Le soir on jette de nouveau l'ancre au fond d'une baie. Notre sommeil n'est pas meilleur que la nuit précédente, ayant à supporter malgré nous la compagnie peu plaisante de gens que nous n'avions nullement invités, les maringouins!!!
Samedi 11. - Partis de bonne heure nous continuons notre route à travers des îles. La journée se passe à faire les préparatifs du débarquement car on s'attend à descendre à terre dans le cours de la journée. Jamais journée ne parut aussi longue! Enfin vers les trois heures le bateau touche à terre, nous sommes rendus. Chacun éprouve un soulagement intérieur de se voir descendu de ce bateau que plusieurs commençaient déjà à considérer comme leur dernière demeure. Pendant onze longs jours on n'avait quitté ce vaisseau que pour quelques instants de temps à autre. On se met en rangs par compagnies, puis les hommes de fatigue aident au débarquement.
De lourds chariots attelés d'un seul cheval (qui suffit, à la charge, car la voie est ferrée) servent de transports. On les laisse prendre le devant, puis l'on se met en marche. Une pluie fine commence à tomber et refroidit l'ardeur de quelques-uns. Malgré tout on n'a que quatre ou cinq milles à marcher et quoique le chemin ne soit pas des plus plaisants sur cette voie neuve, chacun s'y met avec un entrain joyeux. On chante presque tout le long de la route. Arrivés au pied des Grands Rapides, chacun prend son bagage et l'on monte à bord d'une barge appelée "Rivière Rouge." L'on trouva moyen de placer, tant à fond de cale que sur le pont, tout le 65e et deux compagnies des Midlands. Malgré qu'on presse les préparatifs, le retard du vapeur " North West" nous force à attendre au lendemain pour partir. Pendant l'après-midi, on allume des feux le long de la rive et, une distribution de fleur ayant été faite, plusieurs en profitent pour se faire rôtir des galettes. On pouvait se procurer du beurre à 50c la livre et du sucre blanc à 25c. La nuit venue chacun s'étend, du mieux qu'il peut au fond de la barge; ceux qui avaient la bonne fortune de se trouver vers le milieu étaient les mieux, les autres, que leur mauvaise étoile avait menés en avant dans la coque, dorment debout, adossés aux côtés du bâtiment.
Dimanche 12. - On se lève de mauvaise humeur, pour tous la nuit avait été mauvaise. Deux soldats s'étaient couchés sur un amas de bois de chauffage dans l'avant du vaisseau. Cette nuit c'était plutôt pour essayer le nouveau lit qu'avec la certitude de se reposer. Un peu après minuit, en se remuant, un bout de bois plus court que les autres dégringole et frappe, en pleine poitrine, un soldat qui couchait au pied du lit. Ce dernier réveillé en sursaut et croyant que tout le pont était défoncé, crie comme un perdu. Cela cause un émoi général. Un second morceau de bois culbutant d'un autre côté, écrase les pieds d'un dormeur un peu plus loin et ses cris de douleur mettent le comble au tumulte. Chacun se réveille en sursaut et quelques-uns, mauvais juges de la direction des souffrants, courent sur le pont, réveillant ceux qui y dorment pour savoir quel malheur est arrivé. Après beaucoup d'excitation, naturellement augmentée par l'obscurité de la nuit, on s'expliqua la cause du trouble et, une demi-heure après, tout était silencieux. Le matin, au réveil, il pleut à verse et le temps ne contribue pas peu à augmenter le malaise général. Vers huit heures le Révd Père Provost nous dit une messe basse à fond de cale. Chacun prie en silence, peu peuvent se mettre à genoux car il avait plu toute la matinée et le plancher était tout humide. L'avant-midi, les préparatifs se poursuivent avec une ardeur nouvelle. Tous y mettent la main et se construisent des espèces de lits à trois étages dans le fond de cale de manière à accommoder 300 hommes sans trop d'encombrement. Le soir arriva et nous étions encore à travailler.
Lundi 13. - De bonne heure l'on se met en route. L'eau est calme et le trajet s'annonce favorable. Petit à petit la terre disparaît et se mêle avec le bleu azuré du firmament où elle ne parait bientôt plus que comme une bande grisâtre. Quelques heures plus tard on ne voit plus rien que le ciel et l'eau. Cela dure deux jours et deux nuits. On s'ennuie à la mort au fond de cette barge où la seule distraction possible est
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