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Charles R. Daoust - Cent-vingt jours de service actif

les compagnies 1, 2, 3 et 4 commencent, puis après avoir fait tous les mouvements de l'exercice manuel
sous les ordres de l'instructeur Labranche, elles se retirent sur le devant du navire pour faire place aux

autres compagnies. Quand ces dernières ont fini chacun regagne sa place et s'étend sur sa couverte. On

n'avait pas d'autre endroit pour se reposer. Notre couverte formait notre chambre de solitaire, les murs

étaient invisibles; jamais aucun importun ne venait nous y relancer, on n'avait pas de place pour le

recevoir. Quelques fois deux amis voisins transformaient leurs deux chambres en une seule et habitaient

sur le même palier. L'ameublement était modeste. Un knapsack couché sur le côté servait de

siège le jour et d'oreiller la nuit; notre capote qui, le jour, servait de bourrure à notre unique fauteuil, la

nuit, remplaçait le matelas absent; quant aux cadres, presque toutes les chambres en étaient encombrées;

quelques uns les changeaient tous les jours, c'étaient nos rêves encadrés dans la frêle boisure de nos

espérances et suspendus au fil invisible de nos illusions. Vers une heure et trois quarts, l'adjudant Starnes

inspecta les sergents.

À deux heures et demie le bateau arrête et tous descendent à terre. Pendant que les hommes de fatigue
entrent des provisions, le reste du bataillon fait l'exercice militaire.

Cette place s'appelle l'Anse du Télégraphe. A peine revenus à bord, on nous demande a signer la liste de
paie ce que chacun fait avec plaisir tout en trouvant que l'on signe plus souvent qu'on ne voit la couleur

de l'argent du gouvernement. Pourtant ces murmures étaient bien inutiles, car à quoi nous aurait servi

notre argent dans un pays où les magasins étaient aussi rares que les châteaux? La nuit fut très-froide.

Mercredi 8 - Le lever se fait de bonne heure.

L'avant-midi est très-froide et presque tous mettent leur capote grise. Enfin vers midi on arrive en vue de
Prince Albert. C'est un des plus beaux coups d'oeil que l'on puisse imaginer.

Situé au fond d'une baie sur la rive sud de la Saskatchewan, le joli village de Prince Albert s'étend sur
une longueur de plusieurs milles. Ce sont de jolies maisons blanches, espacées par de grands vergers ou

de gais jardins de fleurs multiples, ici et là une maison en briques rouges varie d'une manière agréable la

beauté du tableau. On distingue entre tous le frais couvent des Soeurs de Ste. Anne; plusieurs religieux et

religieuses nous saluent de la main et agitent joyeusement leurs mouchoirs. Enfin l'ancre est jetée et nous

obtenons un congé de deux heures pour visiter la place.

Quelques-uns se dirigent vers le couvent sûrs d'y recevoir un bienveillant accueil. La marche fut assez
longue, mais leur trouble fut plus que récompensé par la manière dont ils furent reçus. Une religieuse

leur fit visiter la classe, où une jeune métisse enseignait l'A. B. C, à de toutes petites fillettes qui

regardaient les visiteurs avec de grands yeux noirs tout pleins de je ne sais quoi qui voua les faisait aimer

et prendre en pitié; après la classe, la bonne religieuse unit ses prières à celles des soldats pour demander

à Dieu un heureux retour, prières qu'elle avait souvent répétées pendant la guerre; après cette visite ils

retournèrent au bateau, où ils apprirent que Gros-Ours était prisonnier au Fort. Ils se dirigèrent vers

l'endroit désigné. Déjà une foule de volontaires du 65ème se pressent aux fenêtres grillées d'une petite

cabane de bois. C'est là que Gros-Ours est renfermé. Cependant la porte reste fermée et malgré nos

supplications les hommes de la police à cheval qui font la garde à l'intérieur s'obstinent à nous refuser

l'entrée. Enfin, un officier qui passe nous demande ce que nous attendons; on le lui dit. "On ne peut vous

refuser de voir celui que vous avez combattu avec autant de courage," dit-il, "ouvrez la porte." L'ordre est

aussitôt exécuté et c'est à qui entrera le premier. La petite prison est bientôt remplie et il en reste encore

autant à la porte qui brûlent d'impatience et envient le sort de ceux qui ont eu la bonne fortune d'être les

premiers. Enfin chacun eut son tour et tous purent contempler de près celui qu'il y a un mois à peine ils

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