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Charles R. Daoust - Cent-vingt jours de service actif
Ayant obtenu la permission de visiter le village, plusieurs se dirigent à la hâte vers le premier magasin, pour utiliser les quelques sous qui pèsent dans leur gousset.
Il y avait encore une centaine de maisons éparpillées de distance en distance. Les dames sont à leurs portes et nous saluent sur notre passage. Toutes sont contentes et nous font mille souhaits d'heureux retour. Les plus hardis qui se rendent jusqu'à elles leur demander un verre d'eau sont traités comme des frères ou des fils et sont reçus comme un parent dont on attend depuis longtemps la visite et qu'on voit partir à regret.
Quelques-uns se rendent jusqu'aux limites du village et jouissent d'un spectacle inconnu dans leur ville natale. A leur gauche, le vieux fort s'élève fier dans son armure d'écorce, montrant avec orgueil ses flancs percés de balles et ses murs à moitié détruits que des ouvriers sont à réparer avec des précautions remarquables, comme s'ils craignaient de renverser cette relique précieuse.
A travers les fentes de la clôture, on peut voir quelques canons, la gueule encore noircie par la poudre, les oreilles pendantes comme un chien fatigué attendant l'ordre de son maître pour aboyer de nouveau.
A droite, le village avec ses jolies petites maisons blanches à contrevents verts on jaunes, la petite chapelle qui lève humblement vers le ciel sa croix de bois blanc, le tout décoré fraîchement par la nature qui fait pousser partout une herbe d'une verdure aux nuances variées.
Et devant eux, à perte de vue, des plaines immenses, traversées ça et là par de frais ruisseaux à l'eau limpide, accidentées par des tertres et des mamelons dispersés par-ci par-là dans le plus agréable désordre.
Vers les six heures, nous étions revenus à bord du vaisseau. Des retardataires nous apprennent la mort du soldat Millen de la batterie B.
Il avait été tué accidentellement par une balle de sa propre carabine en escortant un Sauvage au Fort.
Lundi, 6 - A 4 1/2 h. du matin, l'on coupe les amarres et bientôt Battleford disparaît au moment où nous tournons la première pointe. Le vent s'était élevé et le bateau marchait très-vite.
Il était vraiment curieux de voir comme les écueils étaient passés et comme les bancs de sable disparaissaient vite à droite et à gauche. Tout à coup, vers les neuf heures, le bateau arrête.
Le vent était devenu si violent que la "Baroness" était aussi bien échouée que jamais bateau ne l'a été. Voyant tous leurs efforts aboutir à rien, les matelots devinrent de mauvaise humeur, le capitaine se fit de la bile et nous dûmes passer le reste de la journée au milieu de la rivière, exposés au vent, avec la consolation, cependant, de n'être pas troublés dans notre sommeil par les maringouins qui n'oseraient pas entreprendre la périlleuse traversée de la rive au navire pour le faible plaisir de nous exciter le tempérament.
Mardi, 7 - Le lever a lieu à six heures, Le vent continue toujours, mais on travaille avec ardeur à déchouer le vaisseau. On met une chaloupe à l'eau et quelques matelots vont à terre, attacher un bout de câble à un arbre pour aider à la manoeuvre.
Après plusieurs essais infructueux, l'on réussit enfin à mettre le vaisseau à flot. Il est huit heure» et demie. Pour passer le temps ou pour toute autre raison inconnue à celui qui écrit ces lignes, on eut deux heures d'exercice à bord du vaisseau. Comme l'espace manquait un peu, on procédait par demi-bataillon;
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