bibliotheq.net - littérature française
 

Charles R. Daoust - Cent-vingt jours de service actif

En route, nous passâmes à travers la réserve du Père Scullen. Ce bon père vint nous donner la main et
nous bénit en nous souhaitant un bon voyage. Huit milles plus loin, nous traversions la Côte de l'Ours,

saluant en passant l'agent Aylwin. Il était deux heures de l'après-midi quand nous arrivâmes enfin à

l'endroit où notre compagnie nous attendait; nous avions fait vingt milles depuis le matin. Les chevaux

étaient fatigués pour ne pas dire plus, et, si l'on n'était venu nous chercher à point, certain charretier du

train de la Rivière au Chevreuil Rouge aurait eu un cheval boiteux avant le soir. A 3 Heures, les chevaux

étaient attelés de nouveau et prenaient d'un pas décidé, mais lent, la route de Fort Ethier.

Il était cinq heures quand nous passâmes devant le Fort. La plupart qui le voyait pour la première fois, et
d'autres qui l'avaient vu avant la terminaison des travaux exprimèrent leur opinion; ceux-ci et ceux-là en

firent des éloges et on cria trois hourras! pour le capitaine Ethier, et trois autres pour sa garnison.

Après avoir laissé notre munition en cet endroit nous nous remîmes en route. A un demi mille du côté
opposé de la rivière qui coule près du Fort, nous rencontrâmes un attelage superbe. Il y avait au moins

trente wagons très-lourds attachés trois par trois et traînés par cent-vingt boeufs. Ces derniers attelés

douze par lot de wagons marchaient d'un pas lent mais régulier. De chaque côté de la route, en avant et

en arrière, d'autres boeufs marchaient libres de tout frein et semblaient servir d'escorte au transport; ils

étaient de réserve. On nous dit que tout cela appartenait à un M, Baker de Calgarry, qui, soit dit en

passant, est un des plus riches colons du Nord-Ouest. Rien de plus curieux que ce moyen de transport.

Les wagons sont très-lourds, pesant en moyenne 3,000 livres chaque et leur charge est quelquefois de

100,000 livres et plus; dix paires de boeufs traînent ce poids sans difficulté. Il était sept heures quand

nous arrivâmes sur la rive nord de la rivière de la "Petite Roche au Brochet" où nous campâmes.

Plusieurs allèrent se baigner immédiatement avant de souper, les autres se reposaient des fatigues de la

route en s'employant à toutes sortes de jeux. A huit heures tous étaient couchés, à neuf heures tous

dormaient. Nous avions fait 35 milles depuis le matin.

29 juin - A deux heures du matin, tous étaient sur pied et les tentes étaient pliées et embarquées. On but
le thé chaud, chacun prit un hard-tack et l'on partit à trois heures. Les chemins étaient des plus mauvais,

et l'on s'expliqua la cause de notre départ matinal quand les charretiers nous dirent que les chevaux

n'auraient jamais pu faire une telle route à une heure plus avancée du jour et qu'avant le midi ils auraient

été complètement épuisés.

Après huit milles de marche, on détela les chevaux et chacun s'étendit de son mieux à l'ombre des
charrettes. On se reposa deux heures de temps. A neuf heures on se remit en route. Le chemin était long

et difficile, plusieurs chevaux paraissaient épuisés, et souvent l'on était forcé de faire le trajet à pied pour

soulager les animaux. Il était une heure de l'après-midi quand nous traversâmes le ruisseau de "La Boue

Noire." Nous nous y arrêtâmes. Nous étions à 14 milles d'Edmonton et avions déjà fait 23 milles depuis

le matin. Un des charretiers nous ayant grandement vanté ce ruisseau comme eau de bain, plusieurs se

baignèrent avant le dîner. L'eau en effet était délicieuse, le fond très-mou, sans être vaseux, sans pierre,

sans herbage incommode, et le courant seulement assez fort pour qu'il y eût du plaisir à nager à l'amont.

A deux heures et demie l'on se remît en route. Une pluie fine commença à tomber. Le chemin était
méchant sur une longueur de quatre à cinq milles, il y en eut une dizaine qui le firent à pied A peine

arrivions-nous au terme de notre marche que trois express venaient à notre rencontre. Ils nous étaient

envoyés d'Edmonton où l'on nous attendait le soir même.

En quelques minutes, nous étions prêts à repartir; nous étions à peine deux ou trois par voiture. C'est dire
que nous n'aillions plus au pas. Nous passâmes sur la réserve de Papesteos qui s'étend sur une longueur

< page précédente | 59 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.