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Charles R. Daoust - Cent-vingt jours de service actif

Une clôture de pieux à triple rang entourait tout le terrain et reliait entr'eux les bastions et la tourelle. Un
fossé de huit pieds de profondeur et de dix pieds de largeur séparait le fort de la plaine et, comme ce

fossé était presque continuellement rempli d'eau, il rendait une attaque immédiate impossible de ce côté.

Vis-à-vis la porte d'entrée du fort lui-même, un pont-levis se détachait de la clôture et s'abaissait pour

recevoir les amis; une fois levé il coupait tout accès.

L'ordre du retour parvint à cette garnison le 26 juin et, le surlendemain, chacun pliait bagage et disait
adieu à la forteresse qu'il avait aidé à construire et qui restera pendant de nombreuses années à venir pour

redire aux voyageurs, étonnés du contraste de la richesse et de la grandeur de cette construction avec la

solitude environnante: Le 65ème a passé là!

FIN DE LA TROISIÈME PARTIE.

QUATRIÈME PARTIE. LE RETOUR

CHAPITRE I. DE FORT OSTELL A FORT PITT

La campagne tire à sa fin. Une reste plus à l'auteur qu'à raconter les incidents du retour du bataillon dans
ses foyers. Écrire le récit du voyage de chacune des compagnies qui ont passé le temps de la campagne

en garnison, de son départ du fort qu'elle avait érigé et défendu jusqu'à ce qu'elle se soit réunie au reste

du bataillon, serait répéter sous différentes formes la même histoire. En mettant donc sous les yeux du

lecteur les incidents survenus à la compagnie dont il faisait partie, l'auteur croit atteindre le but qu'il s'est

proposé et faire par là, comprendre à tous, comment le bataillon s'est réuni à Fort Pitt. Le lecteur se

rappelle que le bataillon droit, c'est-à-dire les compagnies 3, 4, 5 et 6, est rendu à Fort Pitt depuis le 27 de

juin. Le même jour, les compagnies 1, 7 et 8 quittaient leurs forts respectifs et se dirigeaient sur

Edmonton où les attendait la compagnie No. 2. La compagnie No. 7, partie du Fort Saskatchewan le

matin, arriva le même jour au but de son voyage. Le détachement du Fort Ethier y arriva le lendemain.

Quant à ceux, qui avaient construit et protégé le Fort Normandeau, ils n'arrivèrent que le lundi suivant, le

29 de juin.

La compagnie No. 1 se met en route vers les quatre heures de l'après-midi.

Il fait une chaleur atroce. On part à pied, suivant, en chantant, les lourds wagons qui transportent notre
bagage. Arrivés au haut de la colline située au sud-est du Fort, nous jetons un dernier regard au vieux

chantier qui nous avait abrités pendant huit longues semaines et chacun lui fait dans son coeur un adieu

qui pour être silencieux n'en est pas moins touchant.

Chacun peut lire dans les yeux de son voisin la joie du retour et la peine du départ, joie et peine qu'il
ressent lui-même. Sans doute qu'il ne peut y avoir d'hésitation à choisir entre ce petit Fort isolé et la

maison paternelle, et cependant plusieurs disent à leur compagnon de route: "il a une bonne mine notre

Fort" et une larme silencieuse coule sur leur joue brûlée par le soleil.

Car, tous et chacun nous l'aimions bien notre petit fort et c'était naturel. C'était l'ouvrage de six longues
semaines; chacun y avait mis la main et se considérait seul propriétaire de telle ou telle partie du parapet,

de telle ou telle barricade, des meurtrières, selon l'ouvrage qu'il avait fait. Peu à peu les wagons

descendent lentement la colline, nous suivons sans rien dire, et, petit à petit, le fort disparaît à l'horizon.

Enfin, on ne peut plus le voir, mais chacun en conserve une copie gravée au fond de son coeur.

Nous marchons pendant deux heures et, vers 6.30 p.m., nous montons le camp. Nous avions à peine
monté nos tentes qu'un de nous voit des voitures venir sur la route. Bientôt le mot se passe d'une bouche

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