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Charles R. Daoust - Cent-vingt jours de service actif

y avait environ dix-huit à dix-neuf ans, une pauvre sauvagesse mourait au milieu d'une tribu de
Pieds-Noirs. Elle laissait après elle un tout jeune enfant, âgé de six mois à peine. Les sauvages,

embarrassés de cet étrange héritage, crurent ne pouvoir faire mieux que d'enterrer le fils à côté de la

mère. Ils jetèrent donc l'orphelin dans la fosse de sa malheureuse mère et couvrirent de terre les deux

corps. Un missionnaire, passant au camp le même jour, apprit la nouvelle de l'enterrement et courut à la

tombe pour s'assurer si l'enfant, était encore en vie. Quelle ne fut pas sa surprise, après avoir découvert

les corps, de voir que le petit être respirait encore! Il le remporta avec lui et alla le placer à l'Orphelinat

de St. Albert. Monseigneur l'a toujours protégé d'une manière spéciale et, après lui avoir fait donner une

éducation suffisante, le laissa libre de se choisir un état quelconque. Un jour donc, l'orphelin partit, bien

qu'à regret, de l'asile où il avait été si bien traité et s'aventura dans les bois et les prairies. Il y avait déjà

longtemps que l'orphelin était parti, et son protecteur le revoyait sain et sauf. Aussitôt le récit de cette

étrange aventure terminé, tous les soldats et les métis s'associèrent, à la joie du prélat. Le lendemain Sa

Grandeur partait, emportant avec lui les meilleurs souhaits des coeurs qu'il avait su consoler.

Il ne reste plus à raconter qu'un seul incident remarquable. Vers la fin de mai, le capitaine fut informé
qu'un vol de chevaux avait été commis, sur la réserve de Papesteos, par une bande de Sauvages, sous les

ordres d'un nommé Tacoots. L'affaire était d'autant plus sérieuse que Tacoots était plus redouté, et que

l'on croyait qu'il ne bornerait pas là ses déprédations, Tacoots était le seul Sauvage de ce district qui

parlait l'anglais et qui savait lire. Il volait souvent les documents officiels du Gouvernement et allait en

discuter le contenu avec ses co-nationaux. Il avait entrevu juste assez de la civilisation pour en deviner

les mauvais côtés, et ses commentaires sur les affaires de l'état étaient loin d'être favorables à ce dernier.

Il était venu de 300 milles au nord-est et s'était établi sur la réserve de Papesteos.

Grâce à son intelligence supérieure et à son éducation et sa force herculéenne, il exerçait un pouvoir
extraordinaire sur la tribu et surtout sur le chef. Il était réellement le commandeur sur la réserve,

Quelques jours après le vol, il se rendit à Edmonton et expliqua au Colonel les motifs de sa conduite. Le

Colonel l'écouta avec bonté et lui pardonna, vu son repentir et les bonnes raisons qui expliquaient son

crime et le mettaient sous un jour plus favorable. Aussi jamais Sauvage ne fut plus attaché à son chef que

ce Sauvage ne le devint à l'égard du Colonel.

Voilà maintenant le récit de la garnison du Fort Ethier terminé. Il ne reste plus qu'à ajouter quelques
notes générales qui sont d'un certain intérêt.

Pendant toute la campagne, il n'y eut pas un seul cas de maladie sérieuse. Le soldat Lamoureux eut une
attaque de scorbut, causée par la mauvaise qualité des viandes. Quelques autres en souffrirent aussi, mais

le caractère de leur maladie était moins dangereux. Le Dr. Powell, qui était attaché à ce Fort, mérite les

plus grands éloges. Toujours régulier dans ses visites, il remplissait son devoir avec une bonne volonté et

un zèle infatigable. En une circonstance même, il n'hésita pas à faire 80 milles à cheval, d'une seule

course, pour donner ses soins à un malade. Aussi le capitaine Ethier jugea-t-il à propos de faire un

rapport spécial au commandant, à Edmonton, de la bonne conduite et du zèle du jeune médecin.

Vers le milieu de juin, on lut un ordre du général Middleton demandant les noms de ceux qui voudraient
rester en garnison après la campagne finie. Plusieurs signèrent, après avoir posé comme condition

sine qua non
qu'un officier du 65e resterait en commandement. Le lieut. Villeneuve déclara qu'il
accepterait avec plaisir une place d'officier dans ce nouveau bataillon. Mais l'ordre du retour arriva le

premier, et lieutenant et soldats n'hésitèrent pas à obéir.

Le 22 juin, le capitaine reçut ordre de monter à Edmonton immédiatement. Le lendemain soir, il arrivait

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