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Charles R. Daoust - Cent-vingt jours de service actif

résolut de s'établir sur les rives de la rivière Bataille et décida presque tous ses compagnons à fonder un
village ou settlement en cet, endroit. Bientôt d'autres chasseurs aussi malheureux vinrent

augmenter la population de la colonie. On s'adonna alors à la culture de la terre. Aujourd'hui la colonie

comprend soixante familles établies sur les deux rives de la rivière Bataille. La famille Laboucane, la

première arrivée et fondatrice de ce village qui porte encore son nom, est sans contredit la plus riche des

familles métisses du district. La fortune d'Elzéar est évaluée à près de $30,000. Il est peut-être le seul qui

ait osé faire concurrence au commerce de la compagnie de la Baie d'Hudson, lors des réunions annuelles

des tribus de ce district, aux Buttes de la Paix, pour recevoir le traité du gouvernement, et il en retire de

grands bénéfices. Quand le capitaine Ethier descendit chez lui, il était absent, étant occupé à conduire un

train de transports qu'il avait mis au service du gouvernement et qui lui rapportait une couple de cent

piastres par jour. Son épouse et ses deux filles, demoiselles bien élevées et d'un esprit peu commun, firent

aux visiteurs les honneurs de la maison et les reçurent avec une hospitalité toute française. Le lendemain

matin, la nouvelle de l'arrivée des militaires était répandue par toute la colonie, et, cependant, les

principaux habitants, au nombre de seize, se réunissaient chez Laboucane.

C'étaient le R. P. Beilleverre, missionnaire, MM. Pierre St. Germain père, Pierre Descheneau, Joseph
Gouin, Chs. St. Germain fils, Laurent Salois, Jos. Paquet, Louison Nepissingue, Roger Nepissingue fils,

Félix Blangnon, Jos. St. Germain fils, Jérôme Laboucane, Edouard Paré, Augustin Hamelin, J.-Bte

Tourangeau et Alex. Piscimwop.

Le capitaine Ethier leur expliqua le but de sa mission, et leur parla longuement en français et en Anglais;
le Capt. Cunningham traduisait en cris les paroles du Capt. Ethier. Ce dernier leur assura qu'ils ne

couraient aucun danger à rester sur leurs terres, et que les troupes du Gouvernement, loin de les venir

déranger, les défendraient même contre les insurgés, si ceux-ci voulaient les forcer de se joindre à eux.

Tous les métis parurent satisfaits de ces explications. On envoya des courriers ramener les fugitifs, et, le

lendemain, les trois officiers partaient, accompagnés de plusieurs colons et du R, P. missionnaire.

En traversant la colonie, le capitaine Ethier remarqua l'originalité des masures qui servaient d'habitation à
ces pauvres Métis. Toutes sont à un seul étage, mais très-proprement blanchies. L'ameublement y est des

plus primitifs. Chose digne de remarque, une tente est fixée à côté de chaque maison. Le missionnaire en

donna la raison. Tous ces Métis élevés à vivre sous la tente, après avoir passé la meilleure partie de leur

vie à courir la plaine, ne peuvent s'habituer à vivre entièrement dans une maison; il leur faut toujours une

tente où ils vont se reposer de leurs fatigues, en se rappelant avec regret les souvenirs des jours passés.

En route les Métis conversèrent avec le capitaine et lui firent de grands éloges des petits soldats noirs (le

65ème), Ils arrivèrent aux Buttes de la Paix le 4 de juin vers midi.

Quelques instants plus tard, Mgr Grandin, évêque d'Alberta, entrait au Port. Les soldats saisirent leurs
carabines à la hâte et, sans prendre le temps de faire aucune toilette, se mirent en rangs et présentèrent les

armes. Puis mettant un genou en terre ils reçurent la bénédiction du prélat.

Pendant le court séjour de l'évoque à ce fort, il se passa une scène qui ne devait pas s'effacer de sitôt de
l'esprit de tous ceux qui en ont été témoins. Un train de transports passait au Fort et, debout sur le perron

pour les bénir, l'évêque leur souhaitait à chacun un heureux voyage. Tout à coup un cri de surprise

s'échappe de ses lèvres et, avant qu'il pût prononcer un seul mot, l'un des charretiers, un jeune homme

d'environ dix-neuf ans, était à ses genoux et lui baisait les mains avec tendresse. "Jean! mon Jean!"

étaient les seuls mots qui sortaient des lèvres du prélat, tandis que des larmes brillaient dans ses yeux.

Quand il fut quelque peu revenu de son émotion, il raconta aux soldats étonnés le sujet de son trouble. Il

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