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Charles R. Daoust - Cent-vingt jours de service actif
Ethier entrait dans ses quartiers, à la grande satisfaction de tous les hommes qui l'estimaient et comme chef et comme ami. Il y eut donc réjouissances générales au camp pendant la veillée; cependant à 9.30 heures les préparatifs pour le sommeil se commençaient et, à dix heures, le camp était rentré dans le silence le plus profond. Tout-à-coup, vers une heure du matin, le cri d'alarme d'une sentinelle éveilla le capitaine et en quelques instants toute la garnison était sur pied. En un clin d'oeil, chacun était à son poste, et les ordres clairs, brefs du capt. Ethier étaient exécutés dans le silence le plus parfait. Il faut ici dire, à la louange des soldats de cette garnison, que dans cette circonstance ainsi que plusieurs fois plus tard, ils firent preuve d'un grand sang-froid et d'un courage calme. Attentif au mot d'ordre, chacun obéissait, en silence, se mettait au poste qu'on lui assignait et ne disait un mot que lorsque le danger était passé et qu'il était revenu à sa couverte. Cette nuit-là la consigne fut rigoureuse. Toute la garnison passa la nuit debout sur un qui-vive continuel. Plusieurs patrouilles furent organisées, conduites par le capitaine et le lieutenant à tour de rôle. Un métis Écossais du nom de Philip, qui était attaché au camp en qualité d'interprète et un nommé Joseph Kildall (Big Joe), sous-agent des Sauvages Stonies accompagnèrent les soldats dans leur patrouille. La nuit étant très-obscure on ne découvrit rien. Cependant de bonne heure, le matin, Big Joe découvrit les traces d'une bande de Sauvages à un mille du Fort. En suivant les pistes, on calcula qu'ils étaient venus en assez grand nombre. Dix loges avaient été levées et, croyant sans doute la force de la garnison plus nombreuse qu'elle ne l'était en réalité, l'ennemi s'était enfui au lever du soleil.
Le résultat de cette alerte fut la décision immédiate d'un plan de fortifications. Le conseil de guerre, composé du capitaine et du lieutenant, s'assembla le même jour et décida, à l'unanimité, de commencer immédiatement les travaux de fortification. Embarrassé par son inexpérience, le conseil décida de choisir, comme modèle de fortifications, celles du bastion à meurtrières de l'Ile Sainte-Hélène. Le même soir le capitaine posa le premier bois du bastion à deux étages qu'on devait construire sur le même plan que celui de l'Ile Ste-Hélène, et le lieutenant jeta la première pelletée de terre du futur mur de revêtement. On se mit tout de suite à l'oeuvre et, au bout de dix jours, le fort était en assez bon état de défense; la garnison pouvait maintenant résister à des forces vingt fois supérieures.
Le fort consiste en nne grande maison de bois équarri, garni d'une double rangée de meurtrières; au rez-de-chaussée sont installées la salle de garde et la cuisine; à côté de la cuisine, la chambre des officiers; le dortoir est situé partie en haut partie en bas.
Le poste est protégé par la Rivière de la Paix et les collines qui l'avoisinent; un bastion de dix pieds carrés, à deux étages, domine la colline et la rivière; partant du bastion, une palissade en bois et en terre de sept pieds de hauteur et de quatre pieds d'épaisseur, toute garnie de meurtrières; en avant le grand chemin allant de Calgarry à Edmonton avec poste de sentinelle, guérite etc.; de l'autre côté, un large fossé, et deux postes de sentinelles.
Dès l'arrivée du capitaine dans ses quartiers, on dressa les règlements de la garnison. La vie est d'une uniformité rigoureuse. A 5 heures, lever et lavage à la rivière; à 6 heures, nettoyage de la maison et des effets; à 6.30 heures a.m., déjeuner; à 7 heures travail manuel, corvées etc.; à 9 heures patrouille, exercices militaires et continuation du travail; à 1 heure, dîner; à 2 heures, travail; à 7 heures, souper, récréation, patrouille; 9.30 heures, tatou; à 10 heures, extinction des feux, silence. Garde, nuit et jour. Ce règlement tenait bon tous les jours. Le dimanche il n'y avait pas de travail, et la monotonie de l'existence des soldats était brisée. Aussitôt après déjeuner, le capitaine menait tous les soldats dans une jolie plaine située auprès du fort. On s'y rendait en deux files. Après une heure d'exercices militaires, les soldats déposaient les armes et allaient en rangs chercher leurs couvertes, capotes etc., puis revenaient à leur places respectives.
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