bibliotheq.net - littérature française
 

Charles R. Daoust - Cent-vingt jours de service actif

Dimanche, le 10 mai, la compagnie se rendit à la petite chapelle catholique située dans le village, ou
plutôt, comme disent les gens de l'Ouest, dans la cité de la Saskatchewan. Le Rév. Père Blais, O. M. I.,

qui est curé de cette paroisse, y dit la sainte messe.

Ce prêtre dévoué est natif des Trois-Rivières, et est le frère du Rev. Père Blais, supérieur du Collège de
Nicolet.

Quoiqu'encore jeune, cet apôtre a la charge de trois paroisses, ce qui veut dire une centaine de milles
dans ce pays de distances magnifiques. Par son zèle et son esprit de sacrifice dans l'accomplissement de

ses devoirs sacrés, il s'est fait aimer de tous ceux au milieu desquels la Providence l'a placé. Sa bonté

exceptionnelle à l'égard des membres de la compagnie No. 7 ne sera jamais oubliée par ceux-ci, et les

officiers comme les hommes sauront, chaque fois que leur pensée retournera aux jours passés sur les

rives de la Saskatchewan, se rappeler avec reconnaissance le saint apôtre et ami qu'ils avaient là-bas; ils

espéreront sans cesse pouvoir un jour lui souhaiter la bienvenue dans sa province natale. La messe fut

servie par le sergent de couleur Laframboise, (fils de feu l'hon. juge Laframboise) et par le sergent

Eugène Desnoyers, (fils de Son Honneur le juge Desnoyers). Un choeur improvisé, dirigé par le Lt. A. E.

Labelle, fit résonner les voûtes de la mission de tons inconnus jusqu'à ce jour.

Les membres de la compagnie professant la religion protestante eurent un service dans les casernes; le R.
P. Biais y officiait.

On n'avait pas jusqu'à ce jour, malgré les rumeurs qui circulaient généralement, vu aucun Sauvage hostile
dans les environs, et la galante compagnie No. 7 commençait à craindre qu'elle n'eût que peu de chances

de moissonner aucun laurier dans la campagne. Lundi, le 11, on reçut au Fort la nouvelle que les

Sauvages et les Métis de la Rivière Bataille devaient se soulever, intercepter et s'emparer d'un convoi de

provisions qui marchait de Calgarry à Edmonton. Le major Griesbach reçut des ordres lui commandant

de se rendre à la rivière Bataille, avec toute la police à cheval du Fort, pour arrêter les chefs de ce

mouvement. Il quitta le Fort à une heure avancée de la veillée, laissant la garnison sous le

commandement du Capt. Doherty.

La journée du mardi se passa sans incident; mais vers minuit et demi, le mercredi matin, la sentinelle, en
devoir dans le bastion du Nord-Est de la palissade, crut devoir appeler le sergent de garde. Le sergent de

couleur Laframboise, en devoir ce soir là, se rendit au bastion. Après quelques minutes d'attente, il put

voir les broussailles s'agiter et entendre des sifflements sourds presque immédiatement suivis de cris

imitant ceux du coyote ou louveteau des prairies. Le sergent alla immédiatement réveiller le capitaine

qui, sans perdre de temps fut sur les lieux, accompagné du Lt. Labelle. Deux éclaireurs métis qui étaient

au Fort déclarèrent, après avoir entendu les cris des broussailles, que ce ne pouvaient être ceux d'aucun

animal, mais plutôt, ceux dont se servent ordinairement les Sauvages quand ils sont dans le sentier de la

guerre. Toute la compagnie fut bientôt sur pied. En un instant, les bastions étaient occupés par différentes

divisions et chacun était à son poste. Évidemment les rôdeurs durent s'apercevoir que la garnison était

préparée à les recevoir chaudement et que prendre un Fort défendu par une milice canadienne est chose

plus difficile que l'on pense, car ils se retirèrent peu à peu, et au petit jour les signaux de ralliement se

répétaient dans la distance.

Le capitaine crut alors devoir envoyer deux éclaireurs, de longue expérience comme trappeurs, pour
examiner les bois environnants et faire rapport an commandant. Après une patrouille faite avec soin, ils

revinrent au fort et déclarèrent qu'ils étaient sûrs qu'une bande de Sauvages avait rôdé aux alentours de la

place. Plus tard on apprit que les Sauvages avaient eu connaissance du départ du major et d'une partie de

< page précédente | 48 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.