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Charles R. Daoust - Cent-vingt jours de service actif

demoiselle aux yeux bleus, fille de l'hôtelier, était un aimant plus puissant que l'hospitalité de Pagerie
lui-même. Quoiqu'il en soit, lors de cette première visite, le devoir força les officiers et les hommes à

quitter l'endroit, et, à deux heures de l'après-midi, la compagnie No. 7 gravissait le monticule sur lequel

le Fort était situé. On avait dû traverser en bac hommes, chevaux et équipage.

Ce moyen de transport est mû par la force du courant de la Saskatchewan, qui comme celui de toutes les
rivières qui prennent leur source dans les Montagnes Rocheuses, est très-rapide. Le système qui fait

fonctionner le bac est des plus simples et cependant il causa une certaine surprise aux volontaires qui ne

l'avaient encore vu en opération. Une corde en fil de métal est tendue d'une rive à l'autre, fixée à deux

poteaux très-élevés sur l'une et l'autre rives. Deux petites roues courent tout le long de cette corde. A

chacune de ces roues est attaché un câble qui est fixé autour d'une troisième roue à bord du bac même,

vers le milieu. En faisant fonctionner cette dernière roue d'un côté ou de l'autre, la corde, posée dans la

direction où l'on veut aller, se raccourcit, attire le bac du côté indiqué et, le mettant dans le courant,

l'entraîne sur la rive opposée.

Au moment où la compagnie grimpait la côte du Fort, quatre de front, la garnison, sous les ordres du
Sergent-Major Parker de la Police à cheval (le commandant, Major Griesbach, étant absent), sortit sous

les armes et, après avoir salué les arrivants par une fusillade, présenta les armes. Le compliment fut

aussitôt rendu et, quelques minutes plus tard, la compagnie entrait dans ses nouveaux quartiers. On fixa

immédiatement les tentes dans le carré des casernes puis tous prirent un repos bien mérité, après une

marche d'au-delà de 220 milles.

Le fort est placé dans un endroit très-pittoresque. Situé sur la cime d'un monticule, il domine la rivière
dont les eaux bourbeuses s'élancent avec tant de force que l'on dirait qu'elles vont, d'un moment à l'autre,

emporter avec elles la côte de sable elle-même. Le fort, comme on était convenu de l'appeler, est entouré

de tous côtés par des broussailles, ce qui ne peut que favoriser l'espionnage d'ennemis comme on en

redoute dans ces territoires. Les fortifications consistent en une clôture basse faite de pieux plantés dans

le sol; une seconde rangée de pieux, dix pieds de haut, est plantée derrière la première. Cette clôture

entoure un terrain quadrangulaire d'environ deux cents verges de front sur une profondeur de cent

cinquante. Sur ce terrain il y a six bâtiments; les quartiers de l'officier-commandant, une maison plus

petite, située tout auprès, servant de logement aux officiers de la compagnie, une caserne, et une salle de

garde. Cinq bastions, garnis de meurtrières, font saillie dans la palissade et donnent un abri sûr, derrière

lequel on peut combattre avec succès toute attaque contre le Fort.

A l'arrivée du détachement du 65e, ce fort était défendu par dix-sept hommes de la Police à cheval, sous
les ordres de l'inspecteur Griesbach. Plus tard le nombre des hommes de police fut réduit à sept ou huit.

Dès le lundi suivant, le 4 mai, le capitaine donna des ordres qui fixaient la discipline quotidienne. Le

lever devait avoir lieu à six heures. Il y aurait cinq heures d'exercices; une avant déjeuner, deux avant

dîner et deux autres pendant l'après-midi; le coucher avait lieu à dix heures.

Ce même jour, l'inspecteur Griesbach, élevé au rang de major par le gén. Strange, fit l'inspection de la
compagnie. Il dit qu'il était charmé de l'apparence et des qualités militaires des hommes, mais ajouta qu'il

regrettait que leurs habits et accoutrements ne fussent plus convenables.

A partir de cette date jusqu'à la fin de la campagne, tous s'appliquèrent à leurs devoirs respectifs, et les
recrues, qui n'étaient pas peu nombreuses, acquirent une connaissance suffisante des mouvements

militaires pour parer à toute éventualité.

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