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Charles R. Daoust - Cent-vingt jours de service actif

croix rouge flanquée au milieu du dos, un vieux chapeau enfoncé sur le crâne, il avait un air de Sancho
Pança impossible à dépeindre. Cependant cet homme au costume original est devant Dieu un des plus

grands hommes de l'Ouest. Quand il descendit de cheval, sa figure ascétique et son apparence religieuse

impressionnèrent les soldats. On put alors voir son costume au complet. Il porte une grande jaquette

bleue, un châle blanc avec une grande croix en flanelle rouge sur les épaules, sa tunique est rouge comme

sa croix. Il a en outre un crucifix à sa ceinture. Il parla en français et servit d'interprète à Bobtail. Alexis

obtint un permis du capitaine sur la parole de Bobtail, qui en faisait de grandes louanges. Cette nuit

personne ne put dormir. Il était deux heures du matin quand on cessa de parler du prochain voyage.

Le lendemain, vingt-sept juin, vers les quatre heures et demie de l'après-midi, la compagnie No. 1 quitta
le Fort Ostell et se mit joyeusement en route pour Edmonton.

CHAPITRE II. FORT EDMONTON.

Dans le but de procéder systématiquement au récit des événements qui se rattachent au séjour de l'aile
gauche du 65e bataillon dans les forts qu'il a eu pour mission de défendre, Edmonton suit immédiatement

Ostell. Après la compagnie No. 1, passons à No. 2. L'auteur a hésité quelque temps à placer le récit de la

défense d'Edmonton à la seconde place, car son importance lui donne droit à la première. A Edmonton en

effet étaient les quartiers généraux du commandant en chef de toute la ligne de défense de Calgarry à

Fort Pitt. Ce n'est qu'après mûre réflexion et pour rendre plus claire dans l'esprit du lecteur la position de

chaque compagnie du bataillon, que l'auteur s'est décidé à faire le récit en se basant sur l'ordre des

compagnies dans le bataillon.

Edmonton n'est rien autre chose qn'un gros bourg que les citoyens de l'endroit ont qualifié du titre
pompeux de (town) ville. Cette ville (puisqu'on l'appelle ainsi) est située à un mille de la Saskatchewan et

est, en général, bien bâtie. Toutes les constructions sont en bois, il n'y a que deux maisons en brique. Les

habitants de la ville sont pour la plus grande partie des Anglais, les Canadiens résident aux environs sur

les terres qu'ils ont défrichées.

Sur les bords de la Saskatchewan s'élève le fort de la Baie â'Hudson. Ce fort, dont les murs consistent en
pieux enfoncés en terre et fortement liés les uns aux autres, renferme le magasin de la Baie d'Hudson, les

quartiers des employés et des dépendances considérables. Comme il est muni d'un bon puits qui peut

fournir de l'eau ad libitum à une garnison assez considérable, il pourrait soutenir un assez long

siège contre des troupes qui ne seraient pas munies d'artillerie. Sans être d'une libéralité excessive ni

d'une politesse extraordinaire, les employés de la compagnie de la Baie d'Hudson nous ont cependant

témoigné assez de sympathie. Les marchands nous ont bien vendu leurs marchandises au plus haut prix,

et l'on sait ce que c'est que le plus haut prix dans l'Ouest; mais c'était pour eux une occasion unique de

voir de leurs yeux de l'argent. Car il faut dire que cette expédition du Nord-Ouest a été un bonanza pour

cette région. Lorsque nous y sommes arrivés, l'argent y était des plus rares, le cultivateur, le producteur

échangeaient leurs produits contre de la marchandise et la plupart du temps l'argent n'entrait pour rien

dans toutes ces transactions. Notre arrivée a été comme un: torrent d'argent qui a envahi le pays. Les

semences étaient presque terminées et les cultivateurs attendaient la moisson les bras croisés;

tout-à-coup, grâce à la révolte, les voilà qui louent leurs chevaux au gouvernement à raison de $8.00 par

jour pour deux chevaux et de $12.00 pour quatre. Ils vendent leurs animaux cent pour cent plus qu'ils ne

valent et ainsi de suite pour leurs autres produits. La compagnie de la Baie d'Hudson avait une quantité

de provisions en magasin, le gouvernement a tout acheté au maximum. Si on pouvait en ce cas-ci

appliquer, pour trouver la cause de la rébellion, le vieux proverbe "le vrai coupable est celui à qui le

crime profite," on n'aurait pas besoin de se demander si certains fournisseurs ne sont pas au fond de cette

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