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Charles R. Daoust - Cent-vingt jours de service actif

comparativement bien traités, et que les prisonnières n'ont pas encore été violées. Vers les dix heures et
demie du matin, le général Middleton arrive accompagné de son état-major, de deux cents cavaliers et

d'un fort détachement d'infanterie des Midland, du 90e et des Grenadiers Royaux. Il fallait attendre les

événements avant de prendre aucun parti, et toute la journée s'est passée à rien faire. Vers le soir le ciel se

couvre de nuages menaçants.

3 de juin. - De bonne heure, le major Robert s'éloigne à bord de l'Alberta, dans la direction de
Fort Pitt, d'où il doit se rendre jusqu'à l'hôpital de Battleford. Les blessés Lemay et Marcotte sont à bord

du même bateau. Le soldat Isidore Gauthier qui souffrait du rhumatisme obtint la permission

d'accompagner les blessés à Battleford et les assista tout le temps de leurs souffrances avec une patience

digne, d'éloges. Le caporal Lafrenière qui venait de se blesser à la jambe avec un petit pistolet qu'il

portait sur lui, fut aussi expédié à Battleford, où il passa le reste de la campagne. Quelques heures plus

tard, au nombre des ordres du jour, on lut au bataillon celui de son retour à Fort Pitt, pour attendre en ce

dernier endroit l'ordre du départ pour Montréal. Cependant la joie que causa la lecture de cet ordre ne fut

pas de longue durée. Dans l'après-midi un contr'ordre fut lu disant aux troupes de se rendre au Lac à

l'Oignon. Le départ eut lieu vers les trois heures. Il faisait un temps des plus mauvais. On marcha

quelques milles à travers des marais où les soldats enfonçaient jusqu'à la ceinture. Il était cinq heures et

demie a.m. quand on s'arrêta pour camper. L'endroit choisi à cette fin était très joli. Figurez-vous, une

colline quelque peu élevée au pied de laquelle un lac sans nom roule placidement ses eaux.

4 de juin, - Réveil à quatre heures et demie a.m. Les soldats se mettent en rangs d'assez mauvaise
humeur, et la marche commence malgré que personne n'ait, pris une bouchée depuis la veille. Il est une

heure de l'après-midi quand, après avoir voyagé par des chemins impossibles, l'on arrête pour le repas du

midi qui est aujourd'hui le premier de la journée. Dans l'après-midi le voyage se continue à travers les

mêmes chemins. Le paysage varie peu. Ici un lac, là une rivière, à travers lesquels la .plaine s'allonge en

souveraine. Quand l'on campa, le soir, on avait fait vingt-cinq milles presque au pas de course. Aussi les

soldats ont-ils souffert énormément. Plusieurs avaient les pieds tout en sang; cependant personne ne

murmura.

5 de juin. - Pendant la nuit, une compagnie d'infanterie légère de Winnipeg arrive au camp. De deux
heures et demie à cinq heures du matin, il fait un orage épouvantable; tonnerre, éclairs, rien n'y manque.

Vers les sept heures, le départ sonne. Après trois heures et demie de marche à travers des chemins

impraticables, la première colonne arrive au Lac aux Grenouilles. A peine arrivés, quelques soldats,

mettant de côté la fatigue du matin, se dirigent vers la scène des massacres et y trouvent. quatre cadavres.

Le fait ayant été rapporté au général, une escouade de la compagnie No. 3 est chargée de les enterrer.

Certains indices portent à croire que ce sont les corps de Quinn et Gouin; de même que les autres

victimes de la sinistre journée du 3 avril, ils sont à demi carbonisés et n'ont plus de forme humaine. Ce

triste devoir ayant été rempli, le clairon sonne le départ. Le paysage aux alentours du Lac aux

Grenouilles est magnifique. La marche se continue pendant l'après-midi. Le temps et les chemins sont

des plus mauvais. Les soldats arrivent au camp épuisés de fatigue et ne sont pas lents à se reposer.

6 de juin. - La nuit a été belle. A six heures et demie dû matin, l'on se remet en route. Après quatre heures
de marche on fait la halte ordinaire pour le repas du midi. Le temps se continue beau. Vers les trois

heures de l'après-midi la marche se reprend et se continue jusqu'à six heures. Au lieu de faire monter les

tentes, les officiers distribuent à chaque soldat sa ration pour deux jours et, ces derniers l'ayant mis dans

leurs sacs à pain, la route se continue. Il fait assez clair, mais les chemins sont plus impraticables que

jamais. Ce n'est plus qu'une suite de swamps ou marais profonds et interminables, où l'on patauge

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