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Charles R. Daoust - Cent-vingt jours de service actif

distance respectable, ils semaient la destruction sur leur route. On trouvait partout des traces de leur
passage, ici des ruines fumantes, et là un cadavre mutilé.

C'est La guerre, indienne dans tout ce qu'elle a de plus féroce et de plus barbare.

Les rapports des éclaireurs ne tendaient pas peu à exciter l'impatience des soldats de rencontrer enfin
l'ennemi. Voici, par exemple, ce qu'on leur avait rapporté concernant madame Delaney. "Après l'avoir

cruellement maltraitée, les Sauvages la dépouillèrent de tous ses vêtements, et, lui ayant attaché les pieds,

lui disloquèrent les jointures des hanches. Puis toutes ces brutes l'outragèrent, chacun leur tour, jusqu'à ce

qu'elle fut morte et continuèrent tarit que le cadavre fut chaud."

Une autre fois on rapporta que le facteur de la compagnie de la Baie d'Hudson à Fort Pitt, un nommé
McLean, qui connaissait quelques-uns des chefs qui accompagnaient Gros-Ours, et qui croyait pouvoir

sans danger s'approcher d'eux, comptant sur leur amitié passée, s'était rendu à leur camp. Gros-Ours le

retint prisonnier et l'installa cuisinier en chef de sa bande. Les deux demoiselles McLean, âgées

respectivement de seize et de dix-huit ans, avaient voulu accompagner leur père; elles furent données

pour épouses à deux des sous-chefs de la bande. Qui dit épouse, dit esclave. C'est au moment où les

esprits des soldats étaient montés par ces différents récits, qu'on trouva dans la prairie une chemise qui

portait les initiales d'une des demoiselles McLean. Elle était déchirée aux épaules et tachée de sang dans

le bas. Pour tous, il n'y avait pas l'ombre d'un doute que la jeune fille n'eût souffert les derniers outrages.

Vers deux heures de l'après-midi, on enterra le cadavre du jeune Cowan. Le service funèbre fut fait par
un ministre protestant, et ses camarades tirèrent plusieurs coups de fusil en son honneur. Un enterrement

dans de telles circonstances, au milieu de la solitude, surtout lorsque l'âme est en proie à de noirs

pressentiments, fait une pénible impression sur tous ceux qui en sont témoins.

Tous retournèrent aux bateaux l'esprit songeur, interrogeant l'avenir avec crainte pour savoir si leur sort
ne serait pas le même que celui de ce malheureux jeune homme, mais disposés à faire leur devoir

jusqu'au bout.

Une partie des compagnies Nos. 5 et 6 fut laissée au Fort sous le commandement du capitaine Giroux et
du lieut. Robert, avec ordre de réparer le fort et d'y tenir garnison. En quatorze heures le travail de

reconstruction du fort était terminé.

Le 27 de mai, le réveil a lieu à six heures. Aussitôt levés, l'on reçoit la nouvelle que le major Steele avait
trouvé les Sauvages et, en même temps, l'ordre du général de se tenir prêts à partir. Le général part par

terre avec l'Infanterie Légère de Winnipeg et les waggons. Vers onze heures et demie a.m., l'on partit à

bord du Big-Bear au nombre de quatre-vingt-dix-neuf, officiers, sous-officiers, soldats et

bateliers. Tout le bagage fut laissé en arrière; chaque homme n'apporta que ses armes, sa capote et une

couverte. A deux heures et demie a.m., un éclaireur vient annoncer que l'avant-garde est engagée.

Par ce courrier, le général fait parvenir au Lt.-Col. Hughes l'ordre de longer la côte et de débarquer
aussitôt qu'on déploiera un drapeau blanc sur la montagne. Tous attendent le signal avec impatience.

Enfin, vers trois heures moins cinq minutes, on descend des bateaux et vers trois heures et vingt minutes

on se met en route pour le champ de bataille. On peut entendre distinctement la fusillade. Au moment du

départ, tous s'agenouillent et la scène est des plus solennelles. Les yeux tournés vers le ciel, le Révérend

Père Provost implore la bénédiction du Très-Haut sur la vaillante phalange canadienne et lui donne

l'absolution. Jamais spectacle ne fut plus saisissant de grandeur et de majesté.

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