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Charles R. Daoust - Cent-vingt jours de service actif

de quarante pieds, à la mémoire des Révérends Pères Oblats qui ont été massacrés au Lac aux
Grenouilles a quelques milles d'ici. Cette croix porte l'inscription suivante:

ÉLEVÉE
A LA

MÉMOIRE DES VICTIMES

DE

FROG LAKE

Par le 65e Bataillon.

Un document est rédigé relatant les faits qui ont motivé l'érection de la croix et tous les officiers y
apposent leurs signatures. On enferme ce document dans une bouteille enveloppée dans du plomb, puis

on enterre la bouteille au pied de la croix. Le Révérend Père Provost adresse quelques paroles aux

soldais, puis la cérémonie est close en chantant "O crux Ave, spes unica!" L'endroit où la croix a été

élevée a été baptisé Mont-Croix.

Vers huit heures le départ a lieu. On continue à naviguer jusque vers une heure de l'après-midi. On fixe le
camp; mais à peine les tentes avaient-elles été montées qu'on reçoit l'ordre de partir pour le Fort Pitt.

Des éclaireurs qui arrivent du Lac aux Grenouilles rapportent qu'ils ont trouvé les cadavres de sept
personnes, dont six hommes et une femme. Ils étaient affreusement mutilés. Celui de la femme surtout

était horrible à voir. La tête avait été détachée du tronc, les jambes et les bras coupés, les seins arrachés,

le ventre ouvert et les entrailles sorties. On remarqua aussi que toutes les jointures avaient été disloquées.

Le général Strange qui commandait la colonne de terre avait fait inhumer dans le modeste cimetière de la

mission les restes des victimes, entr'autres la dépouille des RR. PP. Fafard et Marchand, qu'on avait pu

reconnaître par quelques lambeaux de soutane qui adhéraient encore aux chairs à demi carbonisées de ces

martyrs que les Sauvages avaient, non-seulement, mis à mort et mutilés, mais avaient jetés dans la cave

du presbytère qu'ils avaient ensuite incendié. Cela fait dix-huit cadavres qu'on trouve en ce même

endroit, tous des victimes de la barbarie indienne.

On se mit en route pour Fort Pitt vers trois heures et quart a.m., et il était onze heures et demie du soir
quand on y arriva. La rivière est plus large en cet endroit et le courant est moins fort. Aussitôt installés,

on fit l'inspection du Fort. Partout le spectacle de la dévastation la plus complète! Des cinq maisons que

contenait le Fort, il n'en reste plus que deux. Quelques ruines encore fumantes marquent seules l'endroit

où étaient les autres.

CHAPITRE III. FORT PITT ET LA BUTTE AUX FRANÇAIS.

Quand le jour naissant éclaira la scène, le désastre, causé par le passage des Sauvages, put être constaté
dans toute son étendue. Toute la campagne était jonchée de débris. Les Sauvages n'ont rien laissé

d'intact; il n'y a pas jusqu'aux chaises qui n'aient été brisées.

En parcourant les environs, on découvrit le cadavre du jeune Cowan, de la police à cheval, qui a été tué
lors de la reddition du Fort. Il était horriblement mutilé. On dit que ce sont les squaws qui s'acharnent

ainsi sur les cadavres de leurs ennemis comme des bêtes fauves; elles ne laissent jamais un membre

intact.

Tout tendait à démontrer que les Sauvages venaient de quitter le fort depuis quelques jours à peine. C'est
ainsi qu'ils faisaient toujours à l'approche des volontaires. Laissant entre leurs ennemis et eux une

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