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Charles R. Daoust - Cent-vingt jours de service actif

prairie. Ce n'est plus aujourd'hui qu'un coin du désert.

Le 22 de mai, vers une heure du matin, quelques coups de feu réveillèrent les dormeurs en sursaut, et le
clairon sonna l'alerte. Dans l'espace de quelques minutes, les soldats étaient descendus à terre et

attendaient, en bon ordre, les commandements de leurs capitaines, qui s'élancèrent à la tête de leurs

hommes et gravirent, au pas de course, la berge escarpée.

Aussitôt arrivés au haut de la côte, les soldats reçurent ordre de se déployer en tirailleurs. Une fusillade
assez vive se fit entendre à la gauche du premier détachement et donnait à croire que la ligne était

engagée. Sur l'ordre du Colonel, le feu cessa, et une patrouille fut envoyée en avant sous le

commandement du major Prévost. Ce dernier fit déployer ses hommes en tirailleurs et fit tirer une

décharge dans la direction où l'ennemi semblait s'être retiré. Quelques minutes plus tard, le major revint

et annonça qu'il n'avait rien vu. Jusqu'à deux heures et demie les troupes restèrent sur la côte toutes

armées, puis l'on descendit aux bateaux où l'on coucha sous les armes.

Il faisait un temps des plus désagréables, froid et pluvieux, et plusieurs se trouvaient couchés sur la paille
humide.

Malgré le mauvais résultat de cette sortie, exécutée pendant les heures les plus sombres de la nuit, cela
eut un bon effet. Les soldats prouvèrent qu'ils étaient prêts à toute éventualité. Le bon ordre et l'alacrité

qu'ils mirent dans leur réponse à l'appel de leurs chefs ne sauraient être trop loués. Loin de trembler ou

d'hésiter, ils étaient tous gais et trouvèrent moyen de s'amuser de certaines petites scènes dont ils ne

furent pas lents à saisir le côté ridicule. Plusieurs témoignaient hautement leur désappointement d'être

revenus sans avoir tué un seul ennemi. Les éclaireurs rapportèrent qu'ils avaient vu les pistes des

Sauvages en différents endroits sur le haut de la côte.

Aujourd'hui l'on arrêta à un mille de Saint-Paul, où l'on passa la nuit.

Ce soir, instruit par l'événement de la veille et craignant la répétition de l'attaque, le Colonel ordonna de
monter les tentes sur un plateau à cinquante pieds du rivage. Une forte garde fut laissée à bord des

bateaux et le reste du bataillon coucha sous la tente. Il avait plu toute la journée et le sol était

très-humide. La pluie continua à tomber pendant la nuit.

Le 23 de mai, l'on sonna le réveil à quatre heures. Le camp fut aussitôt levé et les tentes transportées à
bord. Les ancres furent levées et la route se continua en bateaux.

Le paysage est des plus beaux. Sur chaque rive, les côtes sont tantôt très-élevées et coupées à pic, tantôt
basses et couvertes de forêts de jeunes arbres. Vers une heure de l'après-midi, on jette l'ancre dans

"l'Anse de la Côte du Renne" (Moose Hill Creek) et, une bonne garde ayant été laissée sur les bateaux,

on va camper sur le haut de la côte. L'après-midi a été très-belle. Vers deux heures a.m., deux éclaireurs,

Borrodaile et Scott, partent pour Battleford en canot. Ils avaient mission de traverser les lignes indiennes,

et de dire au gén. Middleton et au col. Otter la position de l'aile de Strange. Ils remplirent leur devoir en

braves. La distance parcourue depuis Victoria est de cent vingts milles.

Dimanche matin, il y eut messe basse à bord du bateau. On se remet en route vers trois heures et demie
a.m. On jette l'ancre dans l'anse du Lac aux Grenouilles. La nuit fut assez belle. Vers une heure et demie

du matin, la garde fit sonner l'alarme mais on n'aperçut rien d'insolite aux alentours.

Le lendemain, réveil à cinq heures. Avant de quitter l'endroit, on élève sur une éminence une croix, haute

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