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Charles R. Daoust - Cent-vingt jours de service actif
Le 17 mai, réveil à cinq heures et demie, messe à sept heures. La journée est des plus ennuyeuse Il n'y a pas d'exercice. Les officiers du 65e vont faire visite au camp de l'Infanterie Légère de Winnipeg. La pluie commence à tomber vers les neuf heures du soir.
Le surlendemain, réveil à quatre heures et demie. Vers les six heures, on lève le camp et l'on se dirige vers le Fort Victoria. Une petite pluie légère est tombée vers les dix heures, mais n'a pas duré longtemps. Il fait un fort vent d'est. Vers onze heures, un orage violent éclate soudain, mais ne dure que quelques minutes. Durant la journée le capitaine Bossé et le lieutenant Des Georges arrivent en voiture d'Edmonton et font signer les listes de paie. Dans l'après-midi ils se remettent en route pour rejoindre la compagnie No. 2 restée en garnison à Edmonton. Pendant la veillée, un courrier apporte au camp la nouvelle de la défaite des Métis, de la prise de Riel, et de la fuite de Dumont.
CHAPITRE II. DE VICTORIA A FORT PITT.
C'est aujourd'hui le 20 de mai. On se réveille à quatre heures et vers les six heures et demie on part en bateau pour l'est. Ce sont des bateaux plats d'un modèle tout à fait primitif. Ils sont au nombre de quatre. L'un le "Nancy" est occupé par l'état-major du 65e, le général Strange ayant pris le chemin de terre accompagné de l'Infanterie Légère de Winnipeg; un autre le "Bauset" est sous le commandement du capitaine Bauset; le troisième le "Roy du Bord" sous les ordres du capitaine Roy; chaque capitaine a sa compagnie à son bord.
Le plus grand s'appelle "Big Bear." Il mesure près de soixante pieds de longueur sur une largeur de vingt pieds. Il est commandé par le capitaine Villeneuve, assisté des lieutenants Lafontaine et Robert. Il y a à bord trente-sept hommes de la compagnie No. 5, dix de la compagnie No. 6, deux sergents d'état major, quatre hommes de l'Infanterie Légère de Winnipeg et trois bateliers. Outre ceux-ci, il y a un officier pourvoyeur. Le navire a un pont large de six pieds qui s'étend de chaque côté. On dort dans le fond de cale sur du foin et le pont est l'unique ciel de lit où vont se perdre les rêves de gloire des soldats. Cette première journée de voyage par eau a été belle et la nouveauté du genre de transport amusait beaucoup les soldats.
La rivière Saskatchewan n'est pas bien large; ses rives sont élevées et magnifiquement boisées. Il y a plusieurs baies qui fournissent à l'oeil du voyageur des scènes ravissantes. L'eau est généralement peu profonde et a une apparence bourbeuse.
Vers une heure et demie a.m., après avoir fait une dizaine de milles, les bateaux arrêtent. Rien de plus simple que le système de navigation à bord des bateaux sur la Saskatchewan. On n'a qu'à suivre le courant qui est très fort; de temps à autre, un coup de rame habilement donné suffit pour changer la direction du bateau et éviter un banc de sable.
Après le souper, plusieurs montent la côte et assis autour d'un bon feu répètent les gais refrains du pays. Le temps est serein et du haut du ciel la lune et les étoiles sourient à l'insouciance des chanteurs et paraissent répéter dans leurs sphères sublimes les accents émus de tous ces coeurs canadiens. Quand le clairon sonna le coucher, chacun descendit en silence au bateau et alla continuer sous le pont un rêve inachevé.
Le lendemain réveil à cinq heures et demie. Départ à six heures. Il fait froid. Rien d'extraordinaire à bord. Chacun s'ennuie de la manière qui lui déplaît le moins. La pluie tombe pendant la veillée. A la nuit tombante on arrête à un endroit connu sur la carte sous le nom de St. Paul, où existait autrefois une mission florissante desservie par les Pères Oblats; mais qui a été détruite il y a onze ans par un feu de
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