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Charles R. Daoust - Cent-vingt jours de service actif
superbe plateau, près de la rivière au Mulet. L'endroit formait un tableau digne du pinceau d'un Vernet. Posé sur une élévation d'un demi mille au-dessus de la rivière, le plateau est entouré de hautes falaises taillées à pic et couvertes de sapins du plus beau vert et de beaux bouleaux. Le soleil en se couchant donne à toute la scène un relief indescriptible. Les cimes des arbres se revêtent d'une auréole du plus bel or, tandis que leurs bases reflètent les feux allumés par les cuisiniers. Le mélange des ombres des soldats errant autour du camp donne à la scène un aspect fantastique. Quelques heures plus tard la lune se lève, et la scène, en changeant d'aspect, ne perd rien de sa beauté. La reine des nuits promène lentement son char féerique à travers les têtes fières et hautes des arbres, et semble laisser un lambeau de sa robe transparente à chaque branche des sapins d'où se détachent des lueurs verdâtres. Le vent est moins fort et une faible brise fait seule onduler les cimes des arbustes.
Le lendemain le réveil eut lieu à quatre heures et demie; départ à six heures et dix minutes du matin.
Le temps est très beau et un peu chaud. Traversée de l'anse Wasetna. Les soldats suivent les guides qui passent par des chemins plus ou moins praticables, pour descendre à la rive de la rivière Saskatchewan. La route se poursuit pendant quelque temps le long du rivage. L'aspect de la Saskatchewan et des paysages qui s'étendent en courbes multiples, tout le long de son parcours, est des plus jolis. De l'anse Wasetna à Victoria, les rives sont à une grande élévation et sont couvertes de forêts épaisses. Plusieurs ravins viennent ça et là varier l'uniformité du tableau. Vers onze heures et quart a.m., on fait la première halte pour le dîner. La chaleur devient accablante. Après le dîner la marche se continue à travers le bois et à quatre heures l'on arrive à Victoria où l'on campe. Depuis Edmonton on a parcouru quatre-vingt milles.
Des éclaireurs viennent au camp pendant la veillée et annoncent que Gros-Ours est à cinquante milles plus loin, dans un endroit appelé la Côte du Renne. Il faut cependant attendre les ordres du major-général pour continuer.
Le lendemain, il fait beau. Exercice dans l'avant-midi et l'après-midi. Quelques officiers vont visiter le Fort Victoria. Il présente l'image de la désolation la plus complète; il n'a plus d'occupant. A leur retour, ils prennent un bain dans la Saskatchewan.
Rien d'extraordinaire le 13 mai. Exercice toute la journée. Les soldats passent leurs moments de loisir à écrire à leurs parents et à leurs amis.
Jeudi matin, réveil à cinq heures et demi. Messe basse à sept heures, à l'occasion de la fête de l'Ascension. Beau temps frais. Les officiers se construisent une table rustique pour prendre leurs repas. Ce sont des troncs d'arbres placés sur des supports posés sur des pieux enfoncés en terre. Des branches sont placées ça et là pour remplir les interstices et égaliser la surface de la table, le tout est couvert d'une grosse toile. Des troncs d'arbres servent de sièges; c'est un luxe d'un genre nouveau. On s'aperçoit au souper que la provision de sucre est épuisée. La nuit est froide.
Vers quatre heures du matin, le 15, il neige quelque peu; à cinq heures et demie on se réveille et la neige continue à tomber jusqu'à sept heures et demie. Il y avait alors deux pouces de neige sur le sol. De neuf heures et demie à midi on fait encore de l'exercice.
Le lendemain, on se réveille à quatre heures et demie. Départ à neuf heures. On lève le camp pour aller à un mille et demi plus loin dans la vallée. Le général accompagné de l'Infanterie Légère de Winnipeg arrive avec les chalands. Ils campent au Fort Victoria.
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