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Charles R. Daoust - Cent-vingt jours de service actif
Vers une heure du matin, le 29, l'on fut réveillé par des cris d'alarme et d'appels au secours, jetés par quelques soldats qui étaient tombés à l'eau en traversant. En peu d'instants, tous ceux qui dormaient étaient debout et déjà rendus sur la scène de l'accident. Tous furent sauvés et en furent quittes pour un bain à l'eau froide. Malheureusement il y avait à bord une dizaine de knapsacks qui furent perdus grâce à l'excitation des rameurs. La journée se passa à continuer de traverser les provisions. Le soir, vingt hommes de la compagnie No. 8 reçurent l'ordre de rester en cet endroit, sous le commandement du lieutenant Normandeau. La nouvelle nous prit un peu par surprise, et la surprise était loin d'être agréable. Divisés déjà comme nous l'étions et surtout ayant bon espoir de rejoindre nos frères avant longtemps, cette nouvelle séparation ne fut pas sans soulever des murmures. Mais, enfin, à la guerre comme à la guerre: l'on dut se soumettre. La veillée fut silencieuse, la nuit de même.
Le lever eut lieu à six heures le lendemain. Vers les dix heures, on lança à l'eau un nouveau bac, plus grand que celui dont nous nous étions servis.
Ce bac, qui venait d'être terminé, avait été construit très solide, pour qu'il pût durer plus longtemps, et était mû au moyen d'un certain appareil d'un genre nouveau, relié à un câble en fer tendu d'une rive à l'autre. L'après-midi fut donnée au repos. La seule interruption fut l'arrivée de transports venant du nord. Un des charretiers rapporta que l'on s'attendait à une attaque à Edmonton; ce qui ne nous encouragea pas un peu à partir au plus tôt pour rejoindre nos frères et leur aider. Le soir, il y eut grande fête au camp. L'on imita le pow-wow (danse de guerre) des Sauvages. Une dizaine de soldats du 65e ainsi que deux ou trois de la police à cheval se vêtirent de couvertes et exécutèrent à la lettre un programme imaginaire. Après, l'on eut ce que les Anglais appellent: "Tug of war," La soirée se termina par des chants canadiens, puis chacun s'en fut se coucher. La nuit fut très-froide.
Le 1er de mai au matin le lever eut lieu à cinq heures. On alla se laver à la rivière, puis avant déjeuner, tous se mirent à genoux pour chanter "l'Ave maris Stella." Après déjeuner, l'on se hâta de traverser ce qui restait sur l'autre rive et, à midi, nous pliions bagage. A quatre heures nous nous mîmes en route, notre départ ayant été retardé par la difficulté qu'on eut à traverser les chevaux. Après quelques milles de marche, nous choisîmes un bon endroit pour camper, et, à neuf heures, nous nous reposions sous la lente à cent-quatre milles d'Edmonton. Ce jour-là, le major Perry nous fit de grands compliments. Il nous dit qu'il avait déjà commandé des soldats aussi courageux et obéissants, mais qu'il n'en avait, jamais commandés d'aussi gais. Le mot de passe cette nuit fut "Big Bear," mot significatif; ce qui cependant ne troubla le sommeil d'aucun soldat.
Pendant la nuit, le major Perry reçut une dépêche du général Strange. Personne n'en apprit bien long sur le contenu de ce message. La rumeur circula cependant que l'on avait reçu ordre de faire le voyage en quatre jours, et que l'on était averti que les Sauvages nous attendaient à quarante milles. A six heures, le lendemain, nous partions de nouveau. Le temps était devenu beau. Vers le midi, cependant, la chaleur devint insupportable. Chacun cherchait l'ombre, et s'étendait du mieux qu'il pouvait sous une charrette quelconque. Vers deux heures on repartit. On traversa bientôt le ruisseau de la Tortue, sur lequel l'aile droite du bataillon avait posé un pont assez solide. Vers les cinq heures, l'on arriva à la Rivière Bataille que l'on traversa sur des charrettes. Nous campâmes à un mille environ au nord de la rivière. Nous étions à trente-cinq milles au nord de la Rivière du Chevreuil Rouge. Pendant la veillée, un chef de la tribu des Stonies, Tête Fine, vint nous faire visite. Il fit mille protestations d'amitié à nos officiers et leur déclara que sa tribu resterait loyale au gouvernement.
Le lendemain, dimanche le 3, le lever eut lieu à quatre heures; départ à six heures et dix minutes a.m. Le
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