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Charles R. Daoust - Cent-vingt jours de service actif

et, vers cinq heures on fixa le camp au bord d'un lac. Aussitôt après souper, plusieurs soldats se mirent à
faire toutes sortes de jeux, pendant que d'autres chantaient les gais refrains du pays. On joua et on

s'amusa jusque vers les huit heures et demie, et le major Perry ainsi que la Police à cheval n'étaient pas

les moins surpris de nous voir si enjoués après une aussi, longue marche. Nous étions à trente-deux

milles de Calgarry.

Le samedi matin, à quatre heures, le lever. En peu de temps le camp fut levé et aussitôt le déjeuner pris,
en route! Pour la première fois, ce jour là, nous commençâmes à souffrir de nos bottes. Chaque soir on

les ôtait avec l'aide d'un confrère; mais, le matin, on les reprenait tellement roidies par le froid que ce

n'était qu'avec beaucoup de douleurs qu'on les mettait. Les premiers milles de la marche semblaient

toujours les plus longs et étaient les plus difficiles à parcourir, car notre souffrance aux pieds était atroce.

Cependant, après trois ou quatre milles, le pied devenait insensible, plutôt engourdi par la douleur, et l'on

marchait mieux. Vers deux heures et demie a.m. on traversa le ruisseau "de la Veuve." L'eau était

tellement haute, qu'on fût obligé de se servir de deux charrettes pour le transport. On les vida, puis les

mettant l'une devant l'autre dans l'eau on en fit une espèce de pont d'un genre nouveau. Vers quatre

heures, on eut à traverser un second ruisseau; l'eau n'était pas bien haute, on le passa à pied. A quatre

heures et demie a.m. on campa. Aussitôt, après souper, il y eut grande fête à l'occasion de l'anniversaire

de la naissance du major Robert. Ou chanta "En roulant ma boule" et beaucoup d'autres. Il y eut discours

par le héros de la fête et le major Perry. Ce dernier complimenta beaucoup le bataillon sur son bon esprit

et son énergie. La fête se termina par ce que les Anglais appellent "Grand Bounce." A dix heures

tout le camp était silencieux. Nous étions à cinquante milles de Calgarry.

Le dimanche matin, à l'heure habituelle, nous étions debout et prêts à partir. Ce jour-ci, les chemins
furent plus mauvais que jamais. A onze heures quand nous fîmes notre première halte, nous n'avions

parcouru que huit milles, et chacun était heureux de pouvoir se reposer. A cinq heures et demie a.m.,

quand nous fixâmes le camp, nous étions à soixante-sept milles de Calgarry. Pendant cette journée, il

arriva un incident qui fut le commencement de troubles sérieux et qui aurait pu se terminer d'une manière

tragique sans le sang-froid du major Perry. Jamais les chemins n'avaient été aussi mauvais; à un certain

endroit, nous eûmes à traverser un ruisseau, et comme l'eau était trop haute pour passer à pied, le major

nous dit de monter dans les waggons. A peine arrivés de l'autre côté, il y avait une côte à monter. Depuis

une journée ou deux, les charretiers ne semblaient plus nous traiter aussi amicalement, ce n'était qu'avec

peine que Pou réussissait à les faire consentir à embarquer un soldat épuisé par la fatigue de la route. Or

ce matin-ci, le sergent Beaudoin de la Cie No. 1 était monté avec deux soldats dans une voiture. A peine

arrivé au bas de la côte, il sauta à terre et, voyant sa carabine entre les roues de la voiture, il cria; ail

charretier d'arrêter, en même temps qu'il se baissait pour la prendre. Loin d'arrêter le charretier lui

répondit grossièrement et frappa le sergent avec son fouet. En un clin-d'oeil, vingt crosses de carabines

étaient levées sur le charretier et, n'eût-ce été l'intervention prompte du major Perry, il aurait été tué sur

place. Par respect pour le commandant, les soldats se calmèrent un peu et, après quelques explications, le

charretier fut sévèrement réprimandé, en attendant une enquête qui devait avoir lieu le soir même au

camp. Le soir, l'enquête eut lieu. Le charretier fut renvoyé avec sa charge et tout son salaire fut retenu

pour payer la carabine brisée.

Malgré tout cela, il y eut fête au camp ce soir-là, On mangea du bacon, dont le major Perry nous avait fait
présent. C'était bon, car c'était nouveau; depuis Calgarry nous n'avions eu que du corn beef et des

hard-tacks.

Lundi, les chemins continuèrent à être mauvais comme la veille. A un certain endroit surtout où il fallait

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