bibliotheq.net - littérature française
 

Charles R. Daoust - Cent-vingt jours de service actif

prairie. Il neige pendant la nuit.

23 avril. - Marche dans la neige tout l'avant-midi. Temps froid.

24 avril. - Nuit froide. Toujours la prairie!

25 avril. - Temps froid. Arrivée à la rivière du Chevreuil Rouge à trois heures et campement.

26 avril. - Réveil à quatre heures et demie du matin. Nuit pluvieuse. Belle journée. Traversée de la rivière
pendant l'avant-midi. Camp à trois milles.

27 avril. - Aussitôt le bagage arrivé, la route se reprend vers les neuf heures et se continue jusqu'à la
rivière de l'Aveugle. Belle nuit.

28 avril. - Départ à six heures. Vingt-neuf milles à travers un pays magnifique. Camp levé à la Rivière
Bataille. Rencontre du Père Lacombe.

29 avril. - Lever à quatre heures et demie a.m. Départ à six heures. Trente-deux milles de marche. Camp
fixé à un mille de la Ferme du Gouvernement.

30 avril. - Lever et départ comme la veille. Temps froid. Chemins impraticables.

1er mai. - C'est aujourd'hui la douzième journée de la marche. Arrivée à Edmonton vers midi.

***

La marche pendant ces deux cent treize milles a été pour la plupart du temps assez pénible. Jusqu'à la
rivière du Chevreuil Rouge, la route s'étendait à travers la plaine et les chemins étaient assez beaux. Mais

de la rivière du Chevreuil Rouge la route devint plus difficile. En quelques endroits il fallait traverser des

marais, où les soldats enfonçaient jusqu'aux genoux dans l'eau et dans la boue. Quelquefois l'odeur qui se

dégageait de ces marais était vraiment insupportable. Les voitures étaient moins que suffisantes pour le

transport, il n'y en avait que pour la moitié des hommes, de sorte que pendant que deux compagnies

marchaient les deux autres se reposaient et vice versa au bout de chaque heure. Les cochers se

distinguaient par leur insolence et plusieurs fois, il n'eut fallu qu'un mot de plus, pour que les soldats

furieux ne les assaillissent. La marche se reprenait avec gaieté, chaque matin, et il semblait y avoir un

concours entre les marcheurs où le prix devait appartenir à celui qui monterait le moins souvent en

waggon.

Les 28 et 29 avril, la marche fut encore plus pénible que d'habitude. Il fallait traverser des marais puants,
et aider les chevaux à tirer les waggons de la boue noire où ils étaient enfoncés; puis lorsque les chemins

étaient beaux, les voitures étaient traînées si vite que les soldats devaient se mettre au pas de course pour

les suivre. Ajoutez à cela une chaleur atroce et vous aurez quelqu'idée de la fatigue des soldats et de leurs

misères.

L'avant-dernière journée avant d'arriver à Edmonton, les habitants de ce dernier endroit se rendirent à la
rencontre du bataillon avec des voitures et la route s'est terminée d'une manière assez confortable.

Le voyage dans les prairies où l'immensité est le seul horizon qui s'offre à la vue ennuyée de la
monotonie des tableaux, est long et fatiguant. Quelques fois, arrivés au pied d'un coteau, les soldats

s'élançaient au pas de course pour le gravir espérant trouver quelque changement dans la mise en scène,

mais s'arrêtaient sur le sommet désappointés et plus découragés qu'avant à la vue de la plaine qui se

< page précédente | 15 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.