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Charles R. Daoust - Cent-vingt jours de service actif

sur les spéculations gigantesques qui s'y étaient faites, que l'empressement des volontaires, à se répandre
dans les rues de la ville ne surprendra personne.

Avant, de partir cependant, chacun signa la liste de paie pour une semaine. Plusieurs officiers se
rendirent à Saint-Boniface et payèrent une visite à Sa Grandeur Mgr. Taché ainsi qu'à quelques amis. A

midi, le dîner fut pris à la gare. Dans l'après-midi, ayant obtenu un congé de quatre heures, les soldats

retournèrent à leurs places de prédilection, les uns à l'hôtel, d'autres chez leurs amis, pendant que

quelques-uns allaient chez le photographe se procurer un souvenir qu'on se hâta d'expédier à sa famille.

A trois heures et demie une patrouille fut organisée et visita tous les quartiers pour en ramener les

malades. Heureusement il n'y en avait que deux. Avant le départ, du tabac à fumer fut distribué aux

soldats; chacun en reçut une livre. Ce don était dû à la générosité de la maison de Geo. E. Tucker &Son.

A quatre heures le train partit. Vers une heure du matin l'on arriva à Brandon. Malgré l'heure avancée de
la nuit, les dames de la ville nous attendaient avec des provisions de bouche. Les soldats à peine éveillés

crurent continuer quelque beau rêve en voyant ces jolies jeunes filles et ces bonnes dames leur distribuer

à pleines mains des friandises et des bonbons, sans compter les sourires, et les doux regards servis à

doubles rations. Tous étaient des plus joyeux excepté le quartier-maître qui voyait d'un mauvais oeil une

concurrence aussi dangereuse.

Après une heure bien passée, le train se remit en marche, emportant avec lui les bons souhaits des
habitants de Brandon. Quand les soldats se réveillèrent, on arrivait à Broadview. La principale ressource

de cette place est le travail fourni aux habitants par les ateliers de la compagnie du Pacifique. On ne la vit

qu'en passant. Quelques heures plus tard on arrêtait à Qu'Appelle, où était déjà rendue la Batterie B.

Qu'Appelle est située à quelques milles au sud du fort du même nom. La place présente le plus beau
coup-d'oeil possible. Les rues, larges et bien entretenues, se perdent sous les peupliers et s'étendent sur un

parcours de plusieurs milles. C'est d'ici que partent les diligences pour Prince-Albert et les villages du

nord. Les bureaux d'immigration du gouvernement y sont Situés. Après quelques minutes de halte, le

train partit de nouveau et l'on passa bientôt Régina, la capitale de l'Assiniboine. Ses rues qui ont plusieurs

milles de longueur sont larges et bien droites. Ici sont les quartiers-généraux de la police à cheval et des

bureaux des Sauvages.

C'est ici que se trouve le plus grand réservoir de l'Ouest; nous n'y vîmes que des Sauvages mal vêtus qui
nous regardèrent passer de loin. On nous avait promis un bon dîner en cet endroit, mais on dût le

remplacer par une ration de pain et de fromage, en attendant mieux.

Une heure plus tard, on arrêta à Moosejaw. Deux chefs sauvages vinrent à notre rencontre et échangèrent
des signes et des protestations d'amitié contre des biscuits et du tabac. Aussitôt sortis de la gare, on nous

distribua dix rondes de cartouches et l'on nous donna l'ordre de dormir sous les armes. Malgré tant de

préparatifs, la nuit se passa sans incident.

L'on arriva de bonne heure à Médecine Hat. Le Rév. Père Lacombe monta à bord du train et passa de
char en char, répandant partout la joie et la consolation sur son passage. Ici l'on traversa le plus grand

pont du Nord-Ouest, au-dessus de la Saskatchewan. Puis le trajet se continua à travers les prairies. De

temps à autre, l'attention des soldats était attirée par des bandes de chevaux sauvages ou des volées

d'outardes et chacun faisait des commentaires à sa façon.

Enfin, vers une heure de l'après-midi, le 12 Avril, l'on entra dans Calgarry, le terme de notre long voyage,
après avoir parcouru au-delà de deux mille cinq cents milles.

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