bibliotheq.net - littérature française
 

Sainte-Beuve - Portraits littéraires, III

même, l'extrême sobriété faisait loi. On a tâché de nos jours (et M. Villemain le premier) de fondre et de
combiner les deux genres, d'animer la sécheresse du fait et du document, de préciser et de ramener au

réel le panégyrique. Ce genre, ainsi développé et déterminé, a parcouru en peu d'années ses divers degrés

de croissance, et Charles Labitte, on peut le dire, l'a poussé au dernier terme du complet dans une ou

deux de ses biographies, dans celle de Marie-Joseph Chénier particulièrement. Il était infatigable

à féconder un champ qui, en soi, a l'air si peu étendu, et à en tirer jusqu'à la dernière moisson. Il ne se

bornait pas aux simples faits principaux ni à l'analyse des ouvrages, ni même à la peinture de la

physionomie et du caractère; il voulait tout savoir, renouer tous les rapports du personnage avec ses

contemporains, le montrer en action, dans ses amitiés, dans ses rivalités, dans ses querelles; il visait

surtout à ajouter par quelque page inédite de l'auteur à ce qu'on en possédait auparavant. Qu'il n'ait pas

été quelquefois entraîné ainsi au delà du but et n'ait pas un peu trop disséminé ses recherches, au point

d'avoir peine ensuite à les resserrer et à les ressaisir dans son récit, je n'essaierai nullement de le nier;

mais il n'a pas moins poussé sa trace originale et vive, il n'a laissé à la paresse de ses successeurs aucune

excuse; et il ne sera plus permis après lui de faire les notices écourtées et sèches que quand on le voudra

bien. Pour montrer cependant à quel point dans son esprit tout cela se rapportait à des cadres élevés, et

quel ensemble il en serait résulté avec le temps, je veux donner ici, tel qu'on le trouve dans ses papiers, le

plan d'un ouvrage en deux volumes, où seraient entrés, moyennant corrections, plusieurs des morceaux

déjà publiés. Le critique supérieur se fait sentir dans ce simple tracé où les détails ne masquent rien. Nous

livrons le brillant programme à remplir à quelques-uns de nos jeunes vivants; mais nul, on peut l'affirmer,

ne saura exploiter dans toute leur abondance les ressources que Charles Labitte y embrassait déjà.

LES POËTES DE LA RÉVOLUTION ET DE L'EMPIRE.

PREMIER VOLUME.

I. - Introduction. - Situation des Lettres sous Louis XVI, - De la poésie léguée à la génération de 89 par le
XVIIIème siècle, ou les Jardins de Delille, les Odes de Le Brun et les Élégies de

Parny. - Vue générale des Lettres pendant la Révolution et sous Bonaparte. - Influence réciproque des

événements et des écrits.

II. - BEAUMARCHAIS, ou la transition de Voltaire à la Révolution. (Fragments inédits de
Figaro
. - Lettres autographes de Beaumarchais, etc.)

III. - MARIE-JOSEPH CHÉNIER, ou l'École de Voltaire en présence de la Révolution et de l'Empereur.
(Lettres inédites, etc.)

IV. - MICHAUD, ou l'influence de Delille et le royalisme dans la presse. (Berchoux et la
Quotidienne
.)

V. - ANDRIEUX, ou la Comédie et le Conte pendant la Révolution. (Lettres inédites.) - Il y faudrait faire
entrer Picard, Collin d'Harleville, dont Andrieux est l'Aristarque.

VI. - ÉTIENNE, ou la Comédie sous l'Empire. - Origine du Libéralisme de la Restauration. (Lettres
inédites.)

SECOND VOLUME.

VII. - RAYNOUARD, ou la Tragédie nationale aboutissant à l'érudition, - les Templiers et les
Troubadours. (Documents inédits. - Extraits de ses Mémoires autographes. - Vers manuscrits.)

< page précédente | 192 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.