Jules Verne

Kai-Koumou, suivant un exemple assez fréquent dans la Nouvelle-Zélande, joignait le titre d'ariki à celui de chef de tribu. Il était revêtu de la dignité de prêtre, et, comme tel, il pouvait étendre sur les personnes ou sur les objets la superstitieuse protection du tabou.

Le tabou, commun aux peuples de race polynésienne, a pour effet immédiat d'interdire toute relation ou tout usage avec l'objet ou la personne tabouée.

Le versant oriental de la cordillère des Andes est fait de longues pentes qui vont se perdre insensiblement à la plaine, sur laquelle une portion du massif s'était subitement arrêtée. Dans cette contrée nouvelle, tapissée de pâturages épais, hérissée d'arbres magnifiques, un nombre incalculable de ces pommiers plantés au temps de la conquête étincelaient de fruits dorés et formaient des forêts véritables.

Le 7 décembre, à trois heures du matin, les fourneaux du Duncan ronflaient déjà; on vira au cabestan; l'ancre vint à pic, quitta le fond sableux du petit port, remonta au bossoir, l'hélice se mit en mouvement, et le yacht prit le large. Lorsque les passagers montèrent sur le pont, à huit heures, l'île Amsterdam disparaissait dans les brumes de l'horizon. C'était la dernière étape sur la route du trente-septième parallèle, et trois mille milles la séparaient de la côte australienne.

La révélation de ce nom de Ben Joyce produisit l'effet d'un coup de foudre. Ayrton s'était brusquement redressé. Sa main tenait un revolver. Une détonation éclata. Glenarvan tomba frappé d'une balle. Des coups de fusil retentirent au dehors.

John Mangles et les matelots, d'abord surpris, voulurent se jeter sur Ben Joyce; mais l'audacieux convict avait déjà disparu et rejoint sa bande disséminée sur la lisière du bois de gommiers.

La tente n'offrait pas un suffisant abri contre les balles. Il fallait battre en retraite. Glenarvan, légèrement atteint, s'était relevé.

Au moment où le soleil disparaissait au delà du lac Taupo, derrière les cimes du Tuhahua et du Puketapu, les captifs furent reconduits à leur prison. Ils ne devaient plus la quitter avant l'heure où les sommets des Wahiti-Ranges s'allumeraient aux premiers feux du jour.

Il leur restait une nuit pour se préparer à mourir.

Malgré l'accablement, malgré l'horreur dont ils étaient frappés, ils prirent leur repas en commun.

Après l'immense danger auquel il venait d'échapper, Robert en courut un autre, non moins grand, celui d'être dévoré de caresses. Quoiqu'il fût bien faible encore, pas un de ces braves gens ne résista au désir de le presser sur son coeur. Il faut croire que ces bonnes étreintes ne sont pas fatales aux malades, car l'enfant n'en mourut pas. Au contraire.

Deux jours après cette conversation, John Mangles ayant fait son point à midi, annonça que le Duncan se trouvait par 113° 37' de longitude. Les passagers consultèrent la carte du bord et virent, non sans grande satisfaction, que cinq degrés à peine les séparaient du cap Bernouilli.

Le reste de la journée s'écoula sans autre incident.

On acheva de tout préparer pour le départ de Mulrady. Le brave matelot était heureux de donner à son honneur cette marque de dévouement.

Paganel avait repris son sang-froid et ses manières accoutumées. Son regard indiquait bien encore une vive préoccupation, mais il paraissait décidé à la tenir secrète. Il avait sans doute de fortes raisons pour en agir ainsi, car le major l'entendit répéter ces paroles, comme un homme qui lutte avec lui-même:

Le sommet de la montagne s'élevait encore d'une centaine de pieds. Les fugitifs avaient intérêt à l'atteindre afin de se dérober, sur le versant opposé, à la vue des maoris. Ils espéraient que quelque crête praticable leur permettrait alors de gagner les cimes voisines, qui se confondaient dans un système orographique, dont le pauvre Paganel eût sans doute, s'il avait été là, débrouillé les complications.

L'ascension fut donc hâtée, sous la menace de ces vociférations qui se rapprochaient de plus en plus.

La horde envahissante arrivait au pied de la montagne.

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