Charles de Montausier

LA GUIRLANDE DE JULIE.
Pour Mademoiselle de Rambouillet,
JULIE-LUCINE D'ANGENNES.

Quand toutes les Fleurs prennent place
       Sur l'yvoire de votre front,
       Il faut par raison que je face
       Ce que par audace elles font;
       Et certes si la voix publique
       Me nomme par-tout angelique,
       Et me donne tant de renom,
       Je répons mal à ses louanges,

       Je suis le plus brillant ouvrage
Dont le pinceau de Flore embellit les Estez,
Et sur les autres Fleurs j'ay le même avantage
Qu'a le feu de tes yeux sur les autres clartez.
       Mais dans l'éclat qui m'environne,
Et qui de cent couleurs reléve mes beautez;
       La gloire que le Ciel me donne
       D'estre une Fleur de ta couronne,
       A pour moy de si doux appas,

Lors que pressé de mon devoir,
Je veux t'offrir une Guirlande,
Ta beauté m'oste le pouvoir
D'accomplir ce qu'il me commande;
Ce qui te la fait mériter,
Empéche que tu ne l'obtiennes:
Ton beau teint ne peut supporter
D'autres merveilles que les siennes;
Par luy la Rose est sans couleur,
Les Oeillets ont perdu la leur,
Les Tulipes sont effacées,
Les Lys n'ont plus de pureté;
Et pour toy rien ne m'est resté
Que des soucys et des pensées.

De M. de Malleville.

       Recevez, ô Nymphe adorable,
       Dont les cœurs reçoivent les lois,
       Cette Couronne plus durable
       Que celle que l'on met sur la teste des Roys.
       Les Fleurs dont ma main la compose,
Font honte à ces Fleurs d'or qu'on voit au firmament;
       L'eau dont Permesse les arrose,
Leur donne une fraîcheur qui dure incessamment:

       Bien que dans l'Empire des Fleurs
       J'espere emporter la Couronne
       Dessus toutes mes autres sœurs,
       Au moins si la beauté la donne;
       Devant ton teint vif et vermeil,
De qui l'effet plus grand que celuy du Soleil,
Des cœurs les plus gelez fond la plus dure glace,
Mon éclat se ternit et mon lustre s'efface;
Mais dessus tes cheveux je reprens ma beauté,

Bel Astre à qui je dois mon estre et ma beauté,
       Ajoute l'immortalité
A l'éclat nonpareil dont je suis embellie,
Empêche que le Temps n'efface mes couleurs:
Pour throsne donne-moy le beau front de JULIE;
Et si cet heureux sort à ma gloire s'allie,
       Je seray la Reyne des Fleurs.

De M. Conrart.

Du palais d'emeraude où la riche Nature
M'a fait naistre, et régner avecque majesté,
Je viens pour adorer la divine Beauté,
Dont le Soleil n'est rien qu'une faible peinture.
Si je n'ay point l'éclat ni les vives couleurs
Qui font l'orgueil des autres Fleurs;
Par mes douces odeurs je suis plus accomplie,
Et par ma pureté plus digne de JULIE.
Je ne suis point sujette au fragile destin
       De ces belles infortunées
Qui meurent dès qu'elles sont nées,

       Je suis ce Prince glorieux,
       De qui le bras victorieux
A terracé l'orgueil d'un redoutable Empire.
Au plus froid des Climats je me sentis brasler
Par un nouveau Soleil que l'univers admire,
Et que celuy des Cieux ne sçauroit égaler.
Du rivage inconnu de l'aspre Corélie,
Où la Mer sous la glace est toute ensévelie,
Le flambeau de l'Amour mes voiles conduisant,
Le vins pour rendre hommage à l'auguste JULIE;

Sans beauté, sans grandeur, sans éclat et sans grâce,
Je nays par un arrest de mon injuste sort
       Incapable d'un bel effort
       Pour acquérir l'illustre place
Où mon ambition m'ose faire aspirer;
       Toutesfois, ô belle JULIE,
Si de tes doux regards tu daignes m'éclairer,
Je renaistray par eux de tant d'attraits remplie,
       Que j'auray sujet d'espérer

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