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Blaise Pascal - Petits écrits philosophiques et religieux

Au lieu qu'en ces temps le baptême ayant été accordé aux enfants avant l'usage de raison, par des
considérations très importantes, il arrive que la négligence des parents laisse vieillir les Chrétiens sans

aucune connaissance de la grandeur de notre Religion.

Quand l'instruction précédait le baptême, tous étaient instruits; mais maintenant que le baptême précède
l'instruction, l'enseignement qui était nécessaire pour le Sacrement est devenu volontaire, et ensuite

négligé et enfin presque aboli.

La véritable raison est qu'on est persuadé de la nécessité [du] baptême, et on ne l'est pas de la nécessité]
de l'instruction. De sorte que quand l'instruction précédait le baptême, la nécessité de l'un faisait que l'on

avait recours à l'autre nécessairement; au lieu que le baptême précédant aujourd'hui l'instruction, comme

on a été fait Chrétien sans avoir été instruit, on croit pouvoir demeurer Chrétien sans se faire instruire et

qu'au lieu que les premiers Chrétiens témoignaient tant de reconnaissance [pour une grâce qu'elle

n'accordait qu'à leurs longues prières], ils témoignent aujourd'hui tant d'ingratitude pour cette même

grâce, qu'elle leur accorde avant même qu'ils aient été en état de la demander

Et si elle détestait si fort les chutes des premiers, quoique si rares, combien doit-elle avoir en
abomination les chutes et les rechutes continuelles des derniers, quoiqu'ils lui soient beaucoup plus

redevables, puisqu'elles les a tirés bien plus tôt et bien plus libéralement de la damnation où ils étaient

engagés par leur première naissance.

Elle ne peut voir, sans gémir, abuser de la plus grande de ses grâces, et que ce qu'elle a fait pour assurer
leur salut devienne l'occasion presque assurée de leur perte, car elle n'a pas

SUR LA CONVERSION DU PÉCHEUR

La première chose que Dieu inspire à l'âme qu'il daigne toucher véritablement, est une connaissance et
une vue toute extraordinaire par laquelle l'âme considère les choses et elle-même d'une façon toute

nouvelle.

Cette nouvelle lumière lui donne de la crainte, et lui apporte un trouble qui traverse le repos qu'elle
trouvait dans les choses qui faisaient ses délices.

Elle ne peut plus goûter avec tranquillité les choses qui la charmaient. Un scrupule continuel la combat
dans cette jouissance, et cette vue intérieure ne lui fait plus trouver cette douceur accoutumée parmi les

choses où elle s'abandonnait avec une pleine effusion de son coeur.

Mais elle trouve encore plus d'amertume dans les exercices de piété que dans les vanités du monde.
D'une part, la présence des objets visibles la touche plus que l'espérance des invisibles, et de l'autre la

solidité des invisibles la touche plus que la vanité des visibles. Et ainsi la présence des uns et la solidité

des autres disputent son affection; et la vanité des uns et l'absence des autres excitent son aversion; de

sorte qu'il naît dans elle un désordre et une confusion qu [deux lignes en blanc].

Elle considère les choses périssables comme périssantes et même déjà péries; et dans la vue certaine de
l'anéantissement de tout ce qu'elle aime, elle s'effraye dans cette considération, en voyant que chaque

instant lui arrache la jouissance de son bien, et que ce qui lui est le plus cher s'écoule à tout moment, et

qu'enfin un jour certain viendra auquel elle se trouvera dénuée de toutes les choses auxquelles elle avait

mis son espérance. De sorte qu'elle comprend parfaitement que son coeur ne s'étant attaché qu'à des

choses fragiles et vaines, son âme se doit trouver seule et abandonnée au sortir de cette vie, puisqu'elle

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