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Blaise Pascal - Petits écrits philosophiques et religieux

Mais les cinq autres règles sont d'une nécessité absolue, et on ne peut s'en dispenser sans un défaut
essentiel et souvent sans erreur; et c'est pourquoi je les reprendrai ici en particulier.

Règles nécessaires pour les définitions. < N'omettre aucun des termes un peu obscurs ou équivoques, sans
définition. N'employer dans les définitions que des termes parfaitement connus ou déjà expliqués.

Règles nécessaires pour les axiomes. < Ne demander en axiomes que des choses évidentes.

Règles nécessaires pour les démonstrations. < Prouver toutes les propositions, en n'employant à leur
preuve que des axiomes très évidents d'eux-mêmes, ou des propositions déjà montrées ou accordées.

N'abuser jamais de l'équivoque des termes, en manquant de substituer mentalement les définitions qui les

restreignent ou les expliquent.

Voilà les cinq règles qui forment tout ce qu'il y a de nécessaire pour rendre les preuves convaincantes,
immuables, et, pour tout dire, géométriques; et les huit règles ensemble les rendent encore plus parfaites.

Je passe maintenant à celle de l'ordre dans lequel on doit disposer les propositions, pour être dans une
suite excellente et géométrique.

Après avoir établi

Voilà en quoi consiste cet art de persuader, qui se renferme dans ces deux principes: Définir tous les
noms qu'on impose; prouver tout, en substituant mentalement les définitions à la place des dé finis.

Sur quoi il me semble à propos de prévenir trois objections principales qu'on pourra faire. L'une, que
cette méthode n'a rien de nouveau; l'autre, qu'elle est bien facile à apprendre, sans qu'il soit nécessaire

pour cela d'étudier les éléments de géométrie, puis qu'elle consiste en ces deux mots qu'on sait à la

première lecture; et enfin qu'elle est assez inutile, puisque son usage est presque renfermé dans les seules

matières géométriques.

Il faut donc faire voir qu'il n'y a rien de si inconnu, rien de plus difficile à pratiquer, et rien de plus utile
et de plus universel.

Pour la première objection, qui est que ces règles sont communes dans le monde, qu'il faut tout définir et
tout prouver, et que les logiciens mêmes les ont mises entre les préceptes de leur art, je voudrais que la

chose fut véritable, et qu'elle fût si connue, que je n'eusse pas eu la peine de rechercher avec tant de soin

la source de tous les défauts des raisonnements, qui sont véritablement communs. Mais cela l'est si peu,

que, si l'on en excepte les seuls géomètres, qui sont en si petit nombre qu'ils sont uniques en tout un

peuple et dans un long temps, on n'en voit aucun qui le sache aussi. Il sera aisé de le faire entendre à ceux

qui auront parfaitement conçu le peu que j'en ai dit; mais s'ils ne l'ont pas compris parfaitement, j'avoue

qu'ils n'y auront rien à y apprendre. Mais s'ils sont entrés dans l'esprit de ces règles, et qu'elles aient assez

fait d'impression pour s'y enraciner et s'y affermir, ils sentiront combien il y a de différence entre ce qui

est dit ici et ce que quelques logiciens en ont peut-être décrit d'approchant au hasard, en quelques lieux

de leurs ouvrages.

Ceux qui ont l'esprit de discernement savent combien il y a de différence entre deux mots semblables,
selon les lieux et les circonstances qui les accompagnent. Croira-t-on, en vérité, que deux personnes qui

ont lu et appris par coeur le même livre le sachent également, si l'un le comprend en sorte qu'il en sache

tous les principes, la force des conséquences, les réponses aux objections qu'on y peut faire, et toute

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