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Blaise Pascal - Petits écrits philosophiques et religieux

(comme, pour montrer l'incertitude des choses les plus vrai semblables, il faut seulement faire voir
qu'elles n'y sont pas comprises); parce que ses principes sont au-dessus de la nature et de la raison, et

que, l'esprit de l'homme étant trop faible pour y arriver par ses propres efforts, il ne peut parvenir à ces

hautes intelligences, s'il n'y est porté par une force toute- puissante et surnaturelle.

Il n'en est pas de même des sujets qui tombent sous le sens ou sous le raisonnement: l'autorité y est
inutile; la raison seule a lieu d'en connaître. Elles ont leurs droits séparés: l'une avait tantôt tout

l'avantage; ici l'autre règne à son tour. Mais comme les sujets de cette sorte sont proportionnés à la portée

de l'esprit, il trouve une liberté tout entière de s'y étendre; sa fécondité inépuisable produit

continuellement, et ses inventions peuvent être tout en semble sans fin et sans interruption...

C'est ainsi que la géométrie, l'arithmétique, la musique, la physique, la médecine, l'architecture, et toutes
les sciences qui sont soumises à l'expérience et au raisonnement, doivent être augmentées pour devenir

parfaites. Les anciens les ont trouvées seulement ébauchées par ceux qui les ont précédés; et nous les

laisserons à ceux qui viendront après nous en un état plus accompli que nous ne les avons reçues.

Comme leur perfection dépend du temps et de la peine, il est évident qu'encore que notre peine et notre

temps nous fussent moins acquis que leurs travaux, séparés des nôtres, tous peux néanmoins joints

ensemble doivent avoir plus d'effet que chacun en particulier.

L'éclaircissement de cette différence doit nous faire plaindre l'aveuglement de ceux qui apportent la seule
autorité pour preuve dans les matières physiques, au lieu du raisonnement ou des expériences; et nous

donner de l'horreur pour la malice des autres, qui emploient le raisonnement seul dans la théologie au lieu

de l'autorité de l'écriture et des Pères. Il faut relever le courage de ces gens timides qui n'osent rien

inventer en physique, et confondre l'insolence de ces téméraires qui produisent des nouveautés en

théologie. Cependant le malheur du siècle est tel, qu'on voit beaucoup d'opinions nouvelles en théologie,

inconnues à toute l'antiquité, soute nues avec obstination et reçues avec applaudissement; au lieu que

celles qu'on produit dans la physique, quoi qu'en petit nombre, semblent devoir être convaincues de

fausseté dès qu'elles choquent tant soit peu les opinions reçues: comme si le respect qu'on a pour les

anciens philosophes était de devoir, et que celui que l'on porte aux plus anciens des Pères était seulement

de bienséance! Je laisse aux personnes judicieuses à remarquer l'importance de cet abus qui pervertit

l'ordre des sciences avec tant d'injustice; et je crois qu'il y en aura peu qui ne souhaitent que cette...

s'applique à d'au tres matières, puisque les inventions nouvelles sont infailliblement des erreurs dans les

matières que l'on profane impunément; et qu'elles sont absolument nécessaires pour la perfection de tant

d'autres sujets incomparablement plus bas, que toutefois on n'oserait toucher.

Partageons avec plus de justice notre crédulité et notre défiance, et bornons ce respect que nous avons
pour les anciens. Comme la raison le fait naître, elle doit aussi le mesurer; et considérons que, s'ils

fussent demeurés dans cette retenue de n'oser rien ajouter aux connaissances qu'ils avaient reçues, et que

ceux de leur temps eussent fait la même difficulté de recevoir les nouveautés qu'ils leur offraient, ils se

seraient privés eux-mêmes et leur postérité du fruit de leurs inventions. Comme ils ne se sont servis de

celles qui leur avaient été laissées que comme de moyens pour en avoir de nouvelles, et que cette

heureuse hardiesse leur avait ouvert le chemin aux grandes choses, nous devons prendre celles qu'ils nous

ont acquises de la même sorte, et à leur exemple en faire les moyens et non pas la fin de notre étude, et

ainsi tâcher de les surpasser en les imitant. Car qu'y a-t-il de plus injuste que de traiter nos anciens avec

plus de retenue que n'ont fait ceux qui les ont précédés, et d'avoir pour eux ce respect inviolable qu'ils

n'ont mérité de nous que parce qu'ils n'en ont pas eu un pareil pour ceux qui ont eu sur eux le même

avantage?...

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