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Blaise Pascal - Petits écrits philosophiques et religieux

grandeur, l'autre de petitesse.

Car quelque prompt que soit un mouvement, on peut en concevoir un qui le soit davantage, et hâter
encore ce dernier; et ainsi toujours à l'infini, sans jamais arriver à un qui le soit de telle sorte qu'on ne

puisse plus y ajouter. Et au contraire, quelque lent que soit un mouvement, on peut le retarder davantage,

et encore ce dernier; et ainsi à l'infini, sans jamais arriver à un tel degré de lenteur qu'on ne puisse encore

en descendre à une infinité d'autres sans tomber dans le repos.

De même, quelque grand que soit un nombre, on peut en concevoir un plus grand, et encore un qui
surpasse le dernier; et ainsi à l'infini, sans jamais arriver à un qui ne puisse plus être augmenté. Et au

contraire, quelque petit que soit un nombre, comme la centième ou la dix-millième partie, on peut encore

en concevoir un moindre, et toujours à l'infini, sans arriver au zéro ou néant.

Quelque grand que soit un espace, on peut en concevoir un plus grand, et encore un qui soit davantage; et
ainsi à l'infini, sans jamais arriver à un qui ne puisse plus être augmenté. Et au contraire si quelque petit

que soit un espace, on peut encore en considérer un moindre, et toujours à l'infini, sans jamais arriver à

un indivisible qui n'ait plus aucune étendue.

Il en est de même du temps. On peut toujours en concevoir un plus grand sans dernier, et un moindre,
sans arriver à un instant et à un pur néant de durée.

C'est-à-dire, en un mot, que quelque mouvement, quelque nombre, quelque espace, quelque temps que ce
soit, il y en a toujours un plus grand et un moindre: de sorte qu'ils se soutiennent tous entre le néant et

l'infini, étant toujours infiniment éloignés de ces extrêmes.

Toutes ces vérités ne se peuvent démontrer, et cependant ce sont les fondements et les principes de la
géométrie. Mais comme la cause qui les rend incapables de démonstration n'est pas leur obscurité mais

au contraire leur extrême évidence, ce manque de preuve n'est pas un défaut, mais plutôt une perfection.

D'où l'on voit que la géométrie ne peut définir les objets ni prouver les principes; mais par cette seule et
avantageuse raison, que les uns et les autres sont dans une extrême clarté naturelle, qui convainc la raison

plus puissamment que le discours.

Car qu'y a-t-il de plus évident que cette vérité, qu'un nombre, tel qu'il soit, peut être augmenté? ne
peut-on pas le doubler? Que la promptitude d'un mouvement peut être doublée, et qu'un espace. peut être

doublé de même? Et qui peut aussi douter qu'un nombre, tel qu'il soit, ne puisse être divisé par la moitié,

et sa moitié encore par la moitié? Car cette moitié serait-elle un néant? et comment ces deux moitiés, qui

seraient deux zéros, feraient-elles un nombre? De même, un mouvement, quelque lent qu'il soit, ne

peut-il pas être ralenti de moitié, en sorte qu'il parcoure le même espace dans le double du temps, et

comment se pourrait-il que ces deux moitiés de vitesse, qui seraient deux repos, fissent la première

vitesse? Enfin un espace, quelque petit qu'il soit, ne peut-il pas être divisé en deux, et ces moitiés encore?

Et comment pourrait-il se faire que ces moitiés fussent indivisibles sans aucune étendue, elles qui, jointes

ensemble, ont fait la première étendue?

Il n'y a point de connaissance naturelle dans l'homme qui pré cède celles- là, et qui les surpasse en clarté.
Néanmoins, afin qu'il y ait exemple de tout, on trouve des esprits, excellents en toutes autres choses, que

ces infinités choquent, et qui n'y peuvent en aucune sorte consentir.

Je n'ai jamais connu personne qui ait pensé qu'un espace ne puisse être augmenté. Mais j'en ai vu

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