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Blaise Pascal - Petits écrits philosophiques et religieux

impossible et inutile de définir.

Car, par exemple, le temps est de cette sorte. Qui le pourra définir? Et pourquoi l'entreprendre, puisque
tous les hommes conçoivent ce qu'on veut dire en parlant de temps, sans qu'on le désigne davantage?

Cependant il y a bien de différentes opinions touchant l'essence du temps. Les uns disent que c'est le

mouvement d'une chose créée; les autres, la mesure du mouvement, etc. Aussi ce n'est pas la nature de

ces choses que je dis qui est connue de tous: ce n'est simplement que le rapport entre le nom et la chose;

en sorte qu'à cette expression, temps, tous portent la pensée vers le même objet ce qui suffit pour faire

que ce terme n'ait pas besoin d'être défini, quoique ensuite, en examinant ce que c'est que le temps, on

vienne à différer de sentiment après s'être mis à y penser; car les définitions ne sont faites que pour

désigner les choses que l'on nomme, et non pas, pour en montrer la nature.

Ce n'est pas qu'il ne soit permis d'appeler du nom de temps le mouvement d'une chose créée; car, comme
j'ai dit tantôt, rien n'est plus libre que les définitions. Mais, en suite de cette définition, il y aura deux

choses qu'on appellera du nom de temps: l'une est celle que tout le monde entend naturellement par ce

mot, et que tous ceux qui parlent notre langue nomment par ce terme; l'autre sera le mouvement d'une

chose créée, car on l'appellera aussi de ce nom suivant cette nouvelle définition. Il faudra donc éviter les

équivoques, et ne pas confondre les conséquences. Car il ne s'ensuivra pas de là que la chose qu'on

entend naturellement par le mot de temps soit en effet le mouvement d'une chose créée. Il a été libre de

nommer ces deux choses de même; mais il ne le sera pas de les faire convenir de nature aussi bien que de

nom.

Ainsi, si l'on avance ce discours: "Le temps est le mouvement d'une chose créée"; il faut demander ce
qu'on entend par ce mot de temps, c'est-à- dire si on lui laisse le Sens ordinaire et reçu de tous, ou si on

l'en dépouille pour lui donner en cette occasion celui de mouvement d'un chose créée. Que si on le

destitue de tout autre sens, on ne peut contredire, et ce sera une définition libre, ensuite de laquelle,

comme j 'ai dit, il y aura deux choses qui auront ce même nom. Mais si on lui laisse son sens ordinaire, et

qu'on prétende néanmoins que ce qu'on entend par ce mot soit le mouvement d'une chose créée, on peut

contredire. Ce n'est plus une définition libre, c'est une proposition qu'il faut prouver, si ce n'est qu'elle

soit très évidente d'elle-même; et alors ce sera un principe et un axiome, mais jamais une définition,

parce que dans cette énonciation on n'entend pas que le mot de temps signifie la même chose que

ceux-ci, le mouvement d'une chose créée; mais on entend que ce que l'on conçoit par le terme de temps

soit ce mouvement supposé.

Si je ne savais combien il est nécessaire d'entendre ceci parfaitement, et combien il arrive à toute heure,
dans les discours familiers et dans les discours de science, des occasions pareilles à celle-ci que j'ai

donnée en exemple, je ne m'y serais pas arrêté. Mais il me semble, par l'expérience que j'ai de la

confusion des disputes, qu'on ne peut trop entrer dans cet esprit de netteté, pour lequel je fais tout ce

traité, plus que pour le sujet que j'y traite.

Car combien y a-t-il de personnes qui croient avoir défini le temps quand ils ont dit que c'est la mesure
du mouvement, en lui laissant cependant son sens ordinaire! Et néanmoins ils ont fait une proposition, et

non pas une définition. Combien y en a-t-il de même qui croient avoir défini le mouvement quand ils ont

dit: Motus nec simpliciter actus nec mera potentia est, sed actus entis in potentia. Et cependant, s'ils

laissent au mot de mouvement son sens ordinaire comme ils font, ce n'est pas une définition, mais une

proposition; et confondant ainsi les définitions qu'ils appellent définitions de nom, qui sont les véritables

définitions libres, permises et géométriques, avec celles qu'ils appellent définitions de chose, qui sont

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