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Blaise Pascal - Petits écrits philosophiques et religieux

l'incarnation ou le mystère de l'Eucharistie sont possibles; ce que les hommes du commun n'agitent que
trop souvent.

"Mais si Épictète combat la paresse, il mène à l'orgueil, de sorte qu'il peut être très nuisible à ceux qui ne
sont pas persuadés de la corruption de la plus par faite justice qui n'est pas de la foi. Et Montaigne est

absolument pernicieux à ceux qui ont quelque pente à l'impiété et aux vices. C'est pourquoi ces lectures

doivent être réglées avec beaucoup de soin, de discrétion et d'égard à la condition et aux moeurs de ceux

à qui on les conseille. Il me semble seulement qu'en les joignant ensemble elles ne pourraient réussir fort

mal, parce que l'une s'oppose au mal de l'autre: non qu'elles puissent donner la vertu, mais seulement

troubler dans les vices: l'âme se trouvant combattue par ces contraires, dont l'un chasse l'orgueil et l'autre

la paresse, et ne pouvant reposer dans aucun de ces vices par ses raisonnements ni aussi les fuir tous."

Ce fut ainsi que ces deux personnes d'un si bel esprit s'accordèrent enfin au sujet de la lecture de ces
philosophes, et se rencontrèrent au même terme, où ils arrivèrent néanmoins d'une manière un peu

différente: M. de Saci y étant arrivé tout d'un coup par la claire vue du Christianisme, et M. Pascal n'y

étant arrivé qu'après beaucoup de détours en s'attachant aux principes de ces philosophes.

Lorsque M. de Saci et tout Port-Royal-des-Champs étaient ainsi tout occupés de la joie que causait la
conversion et la vue de M. Pascal et qu'on y admirait la force toute-puissante de la grâce qui, par une

miséricorde dont il y a peu d'exemples, avait si profondément abaissé cet esprit si élevé de lui- même, etc

DE L'ESPRIT GÉOMÉTRIQUE

On peut avoir trois principaux objets dans l'étude de la vérité: l'un, de la découvrir quand on la cherche;
l'autre, de la démontrer quand on la possède; le dernier, de la discerner d'avec le faux quand on l'examine.

Je ne parle point du premier: je traite particulièrement du second, et il enferme le troisième. Car, si l'on
sait la méthode de prouver la vérité, on aura en même temps celle de la discerner, puisqu'en examinant si

la preuve qu'on en donne est conforme aux règles qu'on connaît, on saura si elle est exactement

démontrée.

La géométrie, qui excelle en ces trois genres, a expliqué l'art de découvrir les vérités inconnues; et c'est
ce qu'elle appelle analyse, et dont il serait inutile de discourir après tant d'excellents ouvrages qui ont été

faits.

Celui de démontrer les vérités déjà trouvées, et de les éclaircir de telle sorte que la preuve en soit
invincible, est le seul que je veux donner; et je n'ai pour cela qu'à expliquer la méthode que la géométrie

y observe: car elle l'enseigne parfaitement par ses exemples, quoiqu'elle n'en produise aucun discours. Et

parce que cet art consiste en deux choses principales, l'une de prouver chaque proposition en particulier,

l'autre de disposer toutes les propositions dans le meilleur ordre, j'en ferai deux sections, dont l'une

contiendra les règles de la conduite des démonstrations géométriques, c'est- à-dire méthodiques et

parfaites, et la seconde comprendra celles de l'ordre géométrique, c'est-à-dire méthodique et accompli: de

sorte que les deux ensemble enfermeront tout ce qui sera nécessaire pour la conduite du raisonnement à

prouver et discerner les vérités, les quelles j'ai dessein de donner entières.

Je ne puis faire mieux entendre la conduite qu'on doit garder pour rendre les démonstrations
convaincantes, qu'en expliquant celle que la géométrie observe.

Mais il faut auparavant que je donne l'idée d'une méthode encore plus éminente et plus accomplie, mais

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